4 ans après la mort de Clément Méric, contre tous les racismes et l’extrême droite

4 ans après la mort de Clément Méric,
CONTRE TOUS LES RACISMES ET L’EXTRÊME DROITE

Il y a quatre ans déjà, le 5 juin 2013, notre camarade, Clément Méric, syndicaliste et antifasciste était assassiné à 18 ans par des militants d’extrême-droite.
A l’heure où le Front National enregistre une fois de plus des scores importants aux élections, à l’heure où le discours raciste et xénophobe se propage et à l’approche du procès de ses agresseurs, il est de notre devoir de manifester, encore une fois, notre colère.

Nous manifesterons pour rendre hommage à notre camarade, et affirmer l’actualité de ses combats. Mais ce combat contre l’extrême-droite ne se réduit pas à cette manifestation, il prend corps quotidiennement dans les luttes que nous menons.
En portant un projet de transformation sociale, en se battant pour une éducation critique et ouverte à toutes et tous, pour un travail émancipateur, nous faisons reculer l’extrême droite.

En luttant contre les licenciements, les fermetures d’entreprises, et pour les droits des salarié-e-s, nous faisons reculer l’extrême-droite.

En développant la solidarité internationale avec les peuples qui luttent pour leur auto-détermination et contre le colonialisme, nous faisons reculer l’extrême-droite.
En combattant encore et toujours le sexisme, le racisme, l’islamophobie, l’antisémitisme, l’homophobie, la transphobie, toutes les discriminations et système d’oppression, nous faisons reculer l’extrême-droite.

En nous organisant pour faire vivre notre arme la plus puissante, la solidarité, nous faisons reculer l’extrême-droite.
Nous appelons donc toutes celles et ceux qui partagent les valeurs du progrès et de la justice sociale à nous rejoindre lors de la journée de mobilisation et d’hommage à Clément et ses combats.

SAMEDI 3 JUIN
13-17h :
Ateliers, débats, village du livre antifasciste
Place de la République
17h :
MANIFESTATION

Premiers signataires : Comité pour Clément, Action Antifasciste Paris-Banlieue (AFA), Union syndicale Solidaires, Solidaires étudiant-e-s, Solidaires Groupe RATP, Alternative Libertaire (AL), Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF), Confédération nationale du travail – Région parisienne (CNT-RP), Collectif Quartier libre, Sorbonne Antifasciste (SIAMO), La Horde, Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes (VISA), Mouvement des Jeunes Communistes (MJCF), Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), OCML-VP, Le Parti de Gauche (PG), Union des Etudiant-e-s Kurdes de France (UEKF), Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) …

 

 

4 Juin 2016 à Paris : Manifestation antifasciste en mémoire de Clément

Trois ans après, on ne baisse pas les bras !

Il y a maintenant trois ans, le 5 juin 2013, notre camarade Clément Méric, militant syndicaliste et antifasciste, était assassiné par des membres du groupuscule néonazi Troisième Voie. Depuis, sa mort est encore présentée comme le résultat d’une rixe entre bandes dans les médias et les discours politiques, réduite à un fait divers et non pas considérée comme la conséquence de la normalisation des idéologies de l’extrême droite dans de larges secteurs de la société française. L’activisme au grand jour de groupes néofascistes, les discours ouvertement racistes et sexistes devenus la norme… ne sont que les symptômes de l’installation d’un système autoritaire, sexiste, raciste et antisocial.

Les attentats de janvier et ceux de novembre ont lancé le début de la militarisation des forces de police. L’état d’urgence, sous lequel nous sommes appelé-e-s à vivre de façon permanente, c’est surtout 3379 perquisitions pour seulement 6 procédures judiciaires pour terrorisme. Les musulman-e-s, ou supposé-e-s tel-le-s sont considéré-e-s comme une « potentielle menace terroriste » et sont rapidement devenu-e-s les cibles des politiques racistes et racoleuses censées rassurer la population. Mais ces discours détruisent des milliers de vie. Les perquisitions et les assignations, source d’humiliation, ont été d’une grande violence, physique et psychologique. Dernièrement, le débat sur la déchéance de nationalité ne fut en réalité qu’une occasion de plus pour les politiques de se concurrencer dans la parole raciste. De cette manière, le gouvernement s’est largement dédouané de toute responsabilité de son échec d’assurer la sécurité intérieure, et ont fait payer à des familles entières leur incompétence.

Cette expérience islamophobe est devenue un laboratoire de la répression de toute parole d’opposition au gouvernement. Le déchaînement de la police à la veille de la COP21 le prouve. La militarisation de l’espace public ne sont plus des fantasmes mais une réalité concrète et quotidienne. Les politiques de répression de toutes formes de contestation populaire, les acquittements systématiques dans les affaires de crimes policiers, jusqu’à l’arbitraire et la brutalité contre les populations fragiles sous couvert d’état d’urgence, et la politique de criminalisation des militant-e-s des droits de l’Homme de la campagne BDS, tout ceci n’est que l’expression publique et sans masque d’un racisme qui ronge les institutions et administrations françaises. Tout ça pour nous amener à accepter les violences policières comme mode de gestion des classes populaires.

Par ailleurs, la « crise des migrants » n’est qu’un symptôme de plus de cette Europe Forteresse qui accepte que la mer méditerranée ne devienne qu’un immense cimetière maritime pour les victimes du capitalisme et des guerres dont cette même Europe est responsable, du Mali en Syrie. Alors que la mondialisation permet la libre circulation des marchandises et des flux financiers, les être humains sont sommés de s’arrêter aux murs, enfermés dans les camps d’internement ou les prisons. L’Europe s’est créée une forteresse, préférant démanteler les camps, même par le feu, que ce soit aux frontières, à Calais ou dans nos quartiers parisiens de La Chapelle, Stalingrad et Gare d’Austerlitz.
La multiplication des attaques racistes ne font que malheureusement confirmer ce que certains annonçaient depuis des années : la victoire idéologique et politique de l’extrême droite. La mise en place de politiques xénophobes par des gouvernements n’est plus une exception mais devient la norme européenne.

Les mobilisations contre la loi travail révèlent le ras-le-bol face à la destruction programmée des acquis sociaux et face à la précarité comme norme sociale. Elles sont la réponse à toutes celles et ceux qui pensent que la résignation et l’individualisme ont gagné. Les violences policières et la répression exercées contre ces mobilisations mettent en lumière ces pratiques qui sont fréquentes dans les quartiers populaires et tabous dans le reste de la société. Plus la situation sociale va se durcir, plus les violences policières vont se multiplier. Ces politiques sécuritaires et racistes sont le pendant de la guerre sociale, la précarité et l’insécurité sociale comme moyens de gouvernance qui régit notre société.

Parce que nous n’avons rien oublié du sourire de notre camarade ni de ses combats, parce que nous n’avons rien pardonné de l’infamie des fascistes qui l’ont tué et du système qui les produit, parce que nous n’entendons pas laisser sa mémoire aux mains des juges et des journalistes à l’occasion du procès qui approche, nous appelons à une manifestation antifasciste le samedi 4 juin 2016 à 14h à Stalingrad.

Face à la répression, au racisme et à l’extrême droite : autodéfense populaire !

Par-delà les frontières, la lettre solidaire des mères italiennes du collectif «Madri Per Roma Città Aperta»

L1006763Cher Clément,
Une mer de haine alimentée par les inégalités du capitalisme et incitée par des experts militants de l’extrême droite, a armé les mains de tes assassins comme celles des assassins de Dax à Milan, Renato à Rome, Pavlos à Athènes.
Et aujourd’hui, sous cette marée de haine utilisée pour cacher, sous la couverture de la « sécurité » les vrais problèmes sociaux – revenu, logement , droits de la citoyenneté – voilà le retour de la violence. Ce climat et le succès de ces nouvelles droites arment à nouveau la main des fascistes, trop souvent couverts par le niveau institutionnel et par l’apparat policier.
Les risques du fascisme plus dangereux se rencontrent aujourd’hui dans tous les partis et les organisations qui utilisent la violence et le meurtre comme forme «politique» pour intimider l’autre, dans les messages et les pratiques racistes, dans la propagation d’identités territoriales et dans le nationalisme, conçu comme un rempart contre les communautés multi-ethniques.
«Pas besoin d’être forts pour faire face au fascisme dans ses forme folles et ridicules – écrivait Pasolini-: vous devez être très fort pour faire face au fascisme vu comme normalité… Extrême droite et néo-fascistes sont devenus populaires parmi les jeunes tandis que la haine et la violence dont ils sont porteurs ont été déclassifiées comme « bagarres entre jeunes », comme des «phénomènes occasionnels», et non pas comme le résultat d’un climat politique.
Qui s’oppose et s’est opposé dans ces dernières années à la montée de haine et de discrimination, l’a fait aussi pour continuer à s’opposer au fascisme. Les camarades et frères qui ont été tués ou blessés, ont été tués ou blessés parce qu’ils étaient et sont anti-fascistes, parce qu’ils étaient et sont ennemis irréconciliables de cette haine, de ses symboles et de son vocabulaire d’hier et d’aujourd’hui: parce qu’ils s’opposaient et ils s’opposent à ces idées de mort, la vie et la vision du monde dans le signe de la solidarité et de la libération de chacun de ses propres chanes . Ils nous ont montré , en d’autres termes, ce que cela peut signifier aujourd’hui, 70 ans après la libération, le mot Resistenza.
40 ans après les meurtres de Walter Rossi et Valerio Verbano à Rome et de Fausto et Iaio à Milan tués dans les années 70 et 80,
20 ans après l’assassinat de Brahim Bouarram en marge d’un défilé du Front National,
20 ans après l’assassinat d’Ibrahim Ali par des colleurs d’affiches du Front National,
10 ans après l’assassinat de Dax à Milan et de Renato à Rome
2 ans après ton assassinat à Paris, Clément, et de Pavlos à Athènes
le fascisme continue de tuer et reste un danger dans la rue comme dans les urnes.
Nous, mères, nous voulons reprendre vos corps tués et emprisonnés, et les rendre à nouveau visibles, nous voulons reprendre vos rêves, pour vous faire revenir à la vie et à la liberté.
Nous n’avons pas peur , comme vous ne l’avez pas eu. La peur nous la laissons respirer à ceux qui sont assiégés par les luttes, à ces policiers méconnaissables couverts par casques et boucliers, aux lâches armés de couteaux fascistes.
Chers Clément et Carlo et Dax et Renato et Remi et Pavlos vos poumons étaient pleins de liberté, comme le sont ceux des camarades qui sont maintenant en prison et jugés pour leurs luttes et leurs rêves.
Même nos poumons de mères se sont remplis de liberté et nous continuerons à raconter et dénoncer les nombreux épisodes de violences fascistes et l’atteinte à la liberté et aux droits découlant de la lutte anti-fasciste et de la Résistance.
Nous continuerons à nous opposer à un État liberticide et répressif qui favorise et cultive la croissance de groupes fascistes, nazis et racistes.
Nous continuerons de refuser la création d’une Europe forteresse, xénophobe et répressive contre les luttes sociales, nous continuerons et nous poursuivrons à rappeler les milliers de migrants qui sont morts dans la Méditerranée et ceux qui sont enfermés dans des camps d’expulsion, les gens qui meurent à cause de l’insécurité, les victimes de la répression et de la police fasciste dans le monde.
Nous continuerons à nous opposer à tout cela et à crier notre désir de vivre tous ensemble dans le respect des droits et de l’équité sociale et de continuer à combattre le fascisme sous toutes ses formes.

Nous, Le Madri Per Roma Città Aperta (Mères Pour Rome Ville Ouverte), nous lançons un appel pour que toutes les résistances se réunissent contre chaque État ou Régime qui soit basé sur les nombreuses formes de fascisme qui existent encore en Italie et dans le monde. Pour qu’on puisse parcourir des chemins anti-fascistes qu’ils soient italiens, européens ou mondiaux, qui devront nécessairement marcher ensemble et se nourrir les uns les autres avec leurs particularités, grâce à un travail actif de connaissance et de soutien mutuel.

C’est pour cela que nous remercions tes parents, Clément, et tes camarades du groupe d’Action Antifasciste Paris-Banlieue dont tu faisais partie, pour avoir accepté notre invitation à célébrer l’anniversaire de la libération de l’Italie du fascisme.

Il est temps, en Italie, en Grèce, en France et dans le monde entier que nous organisions la riposte. Avec les nouveaux partisans, Clément, Carlo, Renato, Dax, Valerio, Pavlos, Remi… Il est temps de reprendre la rue – nos rues.

Ni oubli, ni pardon

Le «Madri Per Roma Città Aperta»

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Des nuits de rage plutôt qu’une minute de silence

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Les 6 et 7 juin, le Comité pour Clément organise le festival « Les lendemains qui chantent » : deux soirs de musique militante et des tables de presse portant la diversité des luttes antifascistes. Organisé le même week-end que la manifestation antifasciste, il se veut un outil de commémoration politique.

Clément, comme beaucoup d’antifascistes, pensait que les luttes politiques ne se satisfont pas des moyens d’action « traditionnels », mais que nos combats gagnent à investir des domaines variés : les contre-cultures permettent de créer des espaces de résistance, une autonomie culturelle, souvent plus efficace et plus concrète qu’un tract ou une conférence. La musique est l’un de ces lieux que nous pouvons transformer en ligne de front : parce que la mort de Clément ne nous fera jamais baisser les bras, nous préférons les nuits de rage aux minutes de silence.

Si la musique permet sans doute de faire vivre nos luttes, il demeure qu’il est plus facile et plus évident de dédier un concert à une cause, à un mouvement, à une organisation d’anonymes. Le principe même de la commémoration politique pose la délicate question de la personnalisation, et de la transformation posthume d’un camarade en martyr. Nous ne souhaitons pas fuir cette question : nous nous la posons à chaque moment de l’existence du Comité pour Clément.

D’une part, ce festival n’a évidemment aucune visée lucrative, mais est organisé comme festival de soutien. Si des bénéfices en sont dégagés, ils serviront nos combats juridiques directement liés au meurtre de Clément.

D’autre part, il n’entend ni se limiter à l’hommage entre ami.es, ni participer à faire de Clément un martyr. Notre démarche part de ce constat : nous n’avons pas choisi la personnalisation de Clément. Les médias dominants se sont déchaînés avant, à notre place, transformant sa mort en rebondissement de feuilleton, niant ce qu’elle était en tout premier lieu : une agression fasciste, et le signe pour tou.te.s qu’il était urgent de (re)prendre l’antifascisme au sérieux. Dès lors, nous ne pouvons pas faire comme si Clément était resté l’anonyme libertaire qu’il aspirait à être : cela reviendrait à accepter la dépolitisation radicale de son meurtre, et à laisser son image être dépecée entre les intérêts de l’extrême droite et ceux des médias dominants, sans intervenir. Nous ne sommes pas de ceux qui refusent de rentrer dans l’arène ; or le souvenir de Clément en est une, certes douloureuse, mais décisive.

Assassinio di Clément : quando i media fanno lo scoop.. e ne dimenticano il loro compito d’oggettività.

Quasi 8 mesi dopo la morte di Clément Méric, i media prendono « il caso » che considerano come un « fatto di cronaca » soltanto buono a vendere il giornale. Dal 23 gennaio, diversi articoli di stampa presentano la perizia datata del 2 gennaio come un rimbalzo, perché, secondo loro, egli relativizzasse il ruolo dei colpi subiti da Clément nel processo che ha condotto alla sua morte.

 

Così, Le Figaro intitola – ironicamente ? – « il dubbio sulla morte rimane » ; Le Parisien stima che  » le cause della morte rimangono sconosciute » e Libération giudica che le « responsabilità [siano] difficili da stabilire dal momento che non possiamo determinare che cosa, dai colpi alla caduta, abbia provocato la morte . Per la sua parte, Le Monde suggerisce tra l’altro che lo stato di salute della vittima potrebbe attenuare la responsabilità degli suoi aggressori .

In realtà, questa perizia conferma chiaramente che i colpi ricevuti da Clément sono direttamente la causa della sua morte, così come dimostrano comunque le citazioni che ne sono fatte negli alcuni articoli :  » Le lesioni traumatiche, sia che il colpo portato al viso sia che la caduta per terra, sono direttamente responsabile dell’emorragia meningea » di cui Libération afferma che egli ha condotto alla morte. E, in ogni caso, gli aggressori sono ugualmente responsabili della caduta – e delle sue conseguenze eventuali- che dei cinque colpi « molto violenti » portati al viso che l’hanno provocata. Essi lo sono tanto moralmente quanto giuridicamente.

Peraltro, il referto medico, lontano di escludere l’utilizzo di un pugno americano come affermano alcuni, ritiene che l’aspetto delle ferite possa « evocare l’uso di un oggetto metallico ». È soltanto con il riferimento alle conclusioni iniziali del medico legale, che gli esperti si rifiutano di confermare fermamente l’uso dell’oggetto contundente di tipo pugno americano. Quest’utilizzazione è comunque attestata da diverse testimonianze, elementi del dossier di cui alcuni lettori, come quelli di Le Monde,ne ignorano completamente l’esistenza.

Il modo in cui l’informazione è selezionata e forgiata nei titoli adescati serve dunque deliberatamente una tesi minimizzando l’incidenza dei colpi portati a Clément. Quest’atteggiamento impegna la responsibilità politica dei media.

Riconfermiamo che, da un punto di vista giuridico, la morte di Clément rimane un assassinio fascista di cui la responsabilità è attribuita a un militante organizzato, all’organizzazione di cui egli faceva parte e ai partiti politici che permettono l’esistenza di tale organizzazione. Per quanto riguarda noi, oltre alle peripezie mediatico-giuridiche, continuiamo a far vivere la memoria di Clément e di portare avanti la sua lotta.

Asesinato de Clément : Cuando los medios buscan la exclusiva… y olvidan sus deberes de objetividad

Casi 8 meses después del asesinato de Clément Méric, se aprovechan de
nuevo de un « caso » que consideran como un simple « suceso » que solo
sirve paraa vender más periódicos. Desde el 23 de enero, varios artículos
de prensa presentan el peritaje médico que data del 2 de enero como un
golpe de efecto que relativiza, según ellos, el papel de los golpes
recibidos por Clément en el proceso que llevo a su muerte.
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Meurtre de Clément : Quand les médias font du scoop… et en oublient leur devoir d’objectivité

Presque 8 mois après la mort de Clément Méric, des médias se saisissent à nouveau d’une “affaire” qu’ils considèrent comme un “fait divers” tout juste bon à vendre du papier. Depuis le 23 janvier, plusieurs articles de presse présentent l’expertise médicale datant du 2 janvier comme un rebondissement en ce qu’elle relativiserait, selon eux, le rôle des coups reçus par Clément dans le processus qui a conduit à sa mort.

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« Nous avions tant espéré que cela n’arrive plus jamais… » Lettre à la famille, aux ami.e.s et aux camarades de Pavlos

20130919-IMG_2381La nuit dernière au Pirée, les fascistes ont de nouveau tué.

Aujourd’hui, pour la deuxième fois en trois mois, l’ensemble du mouvement antifasciste est en deuil. Pavlos Fyssas, alias Killah P., rappeur et militant anticapitaliste et antifasciste, a été attaqué la nuit dernière – mercredi 18 septembre, peu après minuit – par un groupe d’une dizaine de néo-nazis. Parmi eux se trouvait au moins un membre d’Aube Dorée, qui l’a poignardé trois fois en pleine poitrine. Pavlos est décédé des suites blessures à l’hôpital aux premières heures du jour. Lire la suite

Pierre Carles passe le barreau

Une version courte de cette réponse est parue dans le numéro 23 de Siné Mensuel (septembre 2013).

On connaissait Pierre Carles pour son excellent travail de réalisateur, moins pour son activité de conseiller juridique. Nous avons donc été surpris de le voir se mettre au service de la défense d’Esteban Morillo, dans le numéro de juillet-août de Siné Mensuel. Il y dresse un plaidoyer politique flamboyant en faveur du meurtrier présumé de Clément Méric.

Le numéro titrait en une : « Pierre Carles décortique l’affaire Clément Méric ». En fait de décryptage, on y trouve une piètre tentative d’analyse qui cite Marx et Bourdieu à l’appui d’une argumentation bancale. L’idée générale est de pointer la dimension occultée de lutte de classes dans l’affrontement entre Clément Méric et Esteban Morillo, alors qu’elle existe bel et bien, mais pas là où Pierre Carles croit la déceler. Il saisit aussi l’occasion pour tacler le milieu journalistique, ici encore à mauvais escient. Derrière l’affrontement politique entre militants d’extrême gauche et d’extrême droite se cacherait une guerre sociale entre, respectivement, bourgeois blancs fortement dotés en capital culturel et prolétariat d’origine immigrée forcément ignorant.

Passons sur le fait que Pierre Carles, croyant se distinguer, reprend une rengaine chère à certains mouvements d’extrême droite – à commencer par celui de Serge Ayoub dont faisait partie Esteban Morillo – en présentant les antifascistes comme des bourgeois contre des prolos, assertion loin de la réalité.

Il développe d’abord une conception mécaniste, qui postule que tout prolétaire défend forcément, face à un bourgeois, l’intérêt de sa classe. Si tel était le cas, la révolution aurait déjà eu lieu, mais c’est hélas omettre la question de conscience de la classe, tout aussi importante que celle de l’origine sociale. De fait, en choisissant les rangs de l’extrême droite, en diffusant ses idées de haine des travailleurs racisés et des organisations de la classe ouvrière, Esteban Morillo se faisait le supplétif de la bourgeoisie. Il étale ensuite un marxisme mal digéré, qui place Clément Méric dans le camp des exploiteurs, quand celui-ci, fils de travailleurs intellectuels, ne possédait aucun moyen de production et vendait sa force de travail, chez Quick, où il était salarié. Il s’agit enfin d’un mépris de classe, qui postule que si Esteban Morillo n’était pas diplômé, s’il a eu recours à la violence, c’est forcément qu’il appartenait aux « classes dangereuses » que sont les classes laborieuses, qu’il était issu d’un milieu défavorisé impliquant un « handicap de départ » et l’empêchant d’accéder aux armes du langage, ce qui reste à prouver.

Depuis son fauteuil d’apprenti sociologue, Pierre Carles donne du déroulement des faits une interprétation fantaisiste.Watch Full Movie Online Streaming Online and Download

Si la différence de capital culturel entre Clément Méric, étudiant à l’IEP de Paris, et Esteban Morillo est probable, pense-t-il réellement que Clément, ses amis, et les néo-nazis qui les ont attaqués se sont assis autour d’un thé pour les uns, d’une bière pour les autres, afin d’échanger sur leur niveau de qualification ? Et qu’Esteban aurait été pris d’un accès de rage en voyant Clément siroter son breuvage le petit doigt levé ? Ce qui s’est joué dans cette violence de rue aussi brève que tragique, c’est de la haine pure et simple, non pas pour une classe dominante, mais pour des idées et des valeurs au service des dominés, que l’agresseur avait décelées en identifiant Clément et ses amis comme des « gauchistes ».

Au-delà, c’est une vision totalement misérabiliste des classes populaires qui nous est présentée. Celles-ci seraient incapables de contrôler leurs pulsions violentes ou de faire preuve de sens de la repartie, ayant pour seul capital leur « force brute ». Autrement dit, pour Pierre Carles, pas de culture pour les classes populaires en-dehors de la culture dominante que lui-même possède. À ce compte-là, à quoi bon lutter, comme y appelle le réalisateur à la fin de son article, puisque les prolétaires sont socialement déterminés à ne pas voir plus loin que le bout de leur poing américain ? C’est négliger tout le pouvoir d’élaboration politique et discursive dont ils ont fait et font preuve pour résister à l’exploitation et la relégation. Cette vision, proche de celle de la bourgeoisie du XIXe siècle, n’est pas étonnante chez un auteur, cinéaste, qui commence son article en regrettant que les journalistes n’aient pas « disposé » des bons « outils d’analyse ». Lui-même étale ses références, ses arguments d’autorité, bref, pose son capital culturel sur la table, pour adopter un point de vue qui a tout du complexe du bourgeois prenant en pitié la brute prise au piège de sa propre sauvagerie et d’une justice de classe.

Car l’autre cible de Pierre Carles, outre une extrême gauche lettrée incapable de comprendre les masses incultes, ce sont les journalistes, narcisses noyés dans l’adoration d’un martyr socialement proche d’eux. Or, si dans les premiers jours la presse a peut-être dressé un portrait attachant de Clément Méric, on aurait plutôt attendu de Pierre Carles qu’il démonte le lynchage médiatique dont il a ensuite fait l’objet de la part de la droite, après les allégations fallacieuses de RTL le présentant comme l’agresseur. Oui, un affrontement de classes s’est bien joué rue de Caumartin le jour de la mort de Clément Méric. Oui il a été nié dans les médias. Par tous ceux qui ont classé le meurtre de Clément Méric dans la rubrique « fait divers », qui ont renvoyé dos à dos militants d’extrême gauche et d’extrême droite, qui ont vu dans cet événement une bagarre de jeunes excités, alors qu’elle opposait des militants anticapitalistes à des militants néo-nazis.

Comme Pierre Carles nous regrettons que les divisions de classes ne soient pas encore abolies et que le système scolaire vise davantage à les reproduire qu’à les gommer. Et nous le déplorons d’autant plus que nous savons que l’extrême droite se nourrit du découragement de certaines fractions des classes populaires, qu’elle apparat à tort comme un recours à des catégories sociales acculées par le système capitaliste. C’est contre cela aussi que Clément Méric, syndicaliste étudiant, se battait. Mais nous ne pensons pas que c’est en vomissant avec des arguments ressassés sur les militants qui s’engagent pour une société égalitaire et en se faisant l’avocat d’un assassin néo-nazi que le mouvement social avancera.

Des amis et camarades de Clément Méric

 

Clément, assassiné une deuxième fois

Nous publions ci-dessous le texte qui nous a été adressé par un camarade antifasciste en réaction aux mensonges diffusés par une partie de la presse au sujet de la mort de Clément.

Il n’aura pas fallu trois semaines pour que Clément Méric, militant engagé contre l’extrême droite, soit assassiné une deuxième fois. Depuis ce matin, tous les médias reprennent en coeur une information dont l’exclusivité revient à RTL. Une exclusivité dont on pourrait se passer volontiers. C’est le destin cruel mais, semble-t-il, tout naturel pour une presse qui cherche à savoir, pour sans doute ensuite départager, qui a commencé le premier à frappé sur l’autre. Voilà, Clément Méric est assassiné une deuxième fois, accusé d’un comportement « agressif » – selon Le Figaro – envers de simples skinheads, à qui l’on n’enlève pas le fait d’être d’extrême droite, mais qui en tout état de cause, faisaient bien gentiment leurs courses – comme tout un chacun finalement. Lire la suite