Les responsables de la mort de Clément seront jugés par la Cour d’assises de Paris

Les responsables de la mort de Clément seront jugés par la cour d’assises de Paris

Le 9 mars 2017, à l’issue d’une enquête qui aura duré près de quatre années, l’instruction pénale s’est conclue par le renvoi devant la Cour d’assises de Paris des agresseurs de Clément et de ses amis.

Esteban Morillo et Samuel Dufour sont accusés du crime de violences volontaires ayant provoqué la mort de Clément sans l’intention de la donner, avec la circonstance aggravante qu’elles ont été commises en réunion et avec armes. Ils sont aussi accusés avec Stéphane Calzaghe et Alexandre Eyraud d’avoir blessé M. et S. en réunion et avec usage ou menace d’armes, ainsi que de violences en réunion sur A..

Les conclusions de l’enquête et l’ordonnance de mise en accusation confirment le récit des amis de Clément qui n’a jamais varié.

Rappel du récit des camarades : S., A. et M. ont croisé trois skins (Samuel Dufour, Alexandre Eyraud et l’amie de ce dernier) dans les locaux d’une vente et les ont vu ranger des poings américains dans les sacs déposés en consigne. S., réagissant au message raciste affiché sur le vêtement de l’un d’entre eux, les a interpellés. Le groupe d’amis a ensuite attendu dans la rue le départ des néonazis pour que Clément, qui les avait rejoints avec retard, puisse s’y rendre à son tour. Un vigile alerté par les skins est venu leur demander de s’en aller. Ils lui ont alors signalé que les skins avaient rangé des poings américains dans leurs sacs et ils s’attendaient à les voir sortir encadrés par des policiers qui se trouvaient sur les lieux.

Il n’en a, hélas, rien été : lorsque Esteban Morillo (appelé en renfort), Samuel Dufour et Alexandre Eyraud sont sortis de l’immeuble de la vente, ils se sont dirigés directement vers le groupe des camarades. Alors qu’ils étaient tout près, M. leur a demandé de ne plus avancer. Esteban Morillo a alors frappé Clément d’un premier coup avec un poing américain, et la bagarre a commencé. Clément s’étant dégagé pendant qu’A. et S. contraient E. Morillo et que M. était aux prises avec Samuel Dufour (également armé), il est revenu vers l’agresseur qui lui tournait le dos. Esteban Morillo l’a alors à nouveau frappé, à mort. Le combat s’est poursuivi quelques secondes encore avant que l’un des skins donne le signal du repli et de la fuite.]

Les points essentiels de l’ordonnance de mise en accusation

1. L’origine de la confrontation violente : selon l’ordonnance, les images de vidéo-surveillance enregistrées le 5 juin 2013 rue Caumartin montrent que l’agression a eu lieu tout près du mur contre lequel se tenaient Clément et ses camarades et que ce sont les néo-nazis qui, contrairement à leurs déclarations, sont venus à leur contact. La légitime défense invoquée par les skins est donc écartée, tandis qu’elle est retenue au profit de M. pour les coups portés à Samuel Dufour.

Ainsi, l’ordonnance coupe court aux mensonges odieusement diffusés dans certains medias et sur les réseaux sociaux à propos du contenu de ces images : contrairement à ce qui a été répandu, elles ne montrent pas Clément agressant, qui plus est « par derrière », Esteban Morillo.

2. Le caractère collectif de l’agression : l’ordonnance se réfère aux expertises médicales selon lesquelles Clément a reçu au moins trois coups (et pour l’une d’entre elles, au moins cinq) « très violents ». Esteban Morillo n’admet en avoir donné que deux. La mise en accusation relève que certains témoins déclarent avoir vu Samuel Dufour frapper Clément et rappelle le texto dans lequel celui-ci s’en vantait lui-même le soir des faits. Elle note surtout que Samuel Dufour et Esteban Morillo ont agi comme des coauteurs d’une scène unique de violences, et qu’en conséquence ils doivent être jugés pour des coups mortels en réunion sans qu’il soit besoin de préciser la nature des coups portés par chacun d’entre eux.

3. L’usage de poings américains contre Clément et ses camarades : fortement discutée tout au long de l’enquête, l’utilisation d’armes est retenue par la mise en accusation.

L’autopsie pratiquée sur Clément avait émis des doutes sur l’usage d’un poing américain, au motif principal qu’on ne constatait pas de fracture des os propres du nez. L’expertise médicale suivante, tout en remarquant que les traces des coups sur le visage de Clément évoquaient l’emploi d’un objet métallique, se refusait à trancher en raison des hésitations de l’autopsie.

Une dernière expertise, utilisant une technique informatique plus performante, a remis en cause ces analyses en révélant que les os propres du nez étaient bien brisés. Aussi conclut-elle à la possibilité d’usage d’un poing américain, conclusion que conforte, selon elle, une ecchymose sur le visage de Clément « très évocatrice de l’usage d’un instrument métallique de type poing américain ».

L’ordonnance de mise en accusation constate par ailleurs que plusieurs témoins ont vu l’auteur des coups sur Clément armé d’un poing américain, et que Samuel Dufour s’en flatte dans le SMS envoyé à un ami après les faits.

La défense d’Esteban Morillo a annoncé vouloir faire appel de cette mise en accusation. Ce recours retardera la saisine de la Cour d’assises de Paris.
En tout état de cause, compte tenu de l’engorgement de celle-ci, le procès ne devrait pas avoir lieu avant un an, au moins.

Interview de Romain, membre du Comité pour Clément · Le Progrès Social

Interview de Romain, membre du Comité pour Clément

«On a toujours dit que le combat contre l’extrême droite était quotidien et social »
Il y a maintenant trois ans, le 5 juin 2013, Clément Méric, militant syndicaliste et antifasciste, était assassiné par des membres du groupuscule néonazi Troisième Voie. Ce week-end, différentes initiatives seront organisées pour ne jamais oublier et poursuivre les combats de Clément contre le fascisme. Romain, membre du Comité pour Clément, revient sur le contexte des faits, l’instruction et sur les luttes sociales en tant que remparts à la progression des idées de divisions portées par l’extrême droite.

LE PROGRES SOCIAL :
Pour ne jamais oublier et ne jamais pardonner, le Comité pour Clément organise différentes actions depuis bientôt trois ans. Peux-tu nous présenter les objectifs et initiatives du Comité ?

ROMAIN :
Le Comité pour Clément s’est créé en septembre 2013, avec pour but de rassembler les personnes ayant milité aux côtés de Clément afin de poursuivre le combat tant politique que juridique en lien avec sa famille. L’idée est de combattre les versions mensongères diffusées par les médias ou l’extrême droite, présentant Clément comme l’agresseur et reléguant sa mort à une simple « rixe entre bandes », mais aussi de se battre pour la justice et contre l’impunité dont bénéficient trop souvent les militants d’extrême droite.

LE PROGRES SOCIAL :
Depuis la mort de Clément, la plupart des médias se déchaine pour renvoyer dos à dos militants antifascistes et d’extrême droite. Or, le meurtre de Clément s’inscrit dans un contexte marqué par une recrudescence des agressions fascistes. Peux-tu nous expliquer en quoi ce meurtre est politique ?

ROMAIN :
Lorsque Clément est tué par des néo-nazis de Troisième Voie, ailleurs en France, d’autres attaquent un bar gay ou agressent des militants pro-mariage pour tous. Récemment, les images d’un fasciste calaisien sortant son fusil ont fait le tour du Web. Mais ce dont on a moins parlé, c’est qu’en janvier 2014 à Clermont-Ferrand, les participants d’un concert organisé par RESF ont été blessés par balle après qu’un militant de l’extrême droite locale leur ait tiré dessus. Ce ne sont que quelques exemples d’agressions perpétrées par l’extrême droite et, si l’on franchit les frontières, on en trouvera d’autres, notamment des personnes tuées par des fachos au sein de l’Union Européenne. Cela s’explique par la stratégie d’une partie de cette extrême droite, qui consiste à vouloir semer la terreur chez celles et ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis. Ce jour là, des militants antifascistes ont manifestés oralement leur désaccord face à des symboles nazis. En retour, ils ont été frappés à coups de poings américains et l’un d’entre eux est mort à 18 ans. Les médias qui ont propagé cette version ou ont laissé Serge Ayoub s’exprimer librement en plateau (et sans contradicteur) sont d’une indécence rare.

LE PROGRES SOCIAL
Sur le plan judiciaire, où en est l’instruction ?

ROMAIN :
L’instruction a été close récemment. Le procès ne sera pas inscrit au calendrier des Assises avant 2017. Malgré quelques fuites organisées par les avocats de la défense pour montrer un dossier tronqué sous un angle qui leur arrangeait, on peut vous dire sans trahir le secret de l’instruction qu’elle confirme en tous points la version qui a toujours été celle des camarades accompagnant Clément et qui n’a jamais changé depuis, contrairement à celle des fascistes. La fameuse vidéo RTL montre par ailleurs que Clément et ses camarades n’ont pas été à la rencontre des fachos, mais que ce sont bien ces derniers qui ont quitté leur route pour aller à l’affrontement. Enfin, la possibilité d’une blessure causée par un poing américain a été reconnue par une nouvelle expertise médicale. Ceci dit, l’enjeu de la procédure judiciaire n’est pas pour nous d’obtenir la condamnation la plus lourde possible. On ne pense pas que la prison soit une solution. Mais nous tenons à éviter que l’instruction soit instrumentalisée et fasse passer les agresseurs pour des victimes. De plus, une relaxe ou une peine symbolique seraient une carte blanche donnée aux fascistes de toute la France pour agresser, blesser, voire tuer.

LE PROGRES SOCIAL :
Au-delà de son engagement syndical et antifasciste, Clément était fan de football et féru de contres cultures musicales. Ce week-end, différentes initiatives en lien avec ses valeurs et ses combats seront organisées. Peux-tu nous en parler ?

ROMAIN :
Ce week-end, le programme sera chargé puisqu’un festival musical se tiendra vendredi et samedi soir avec notamment Casey, The Oppressed, Two Tone Club. L’après-midi du samedi sera consacrée à une manifestation de rue, comme maintenant chaque année depuis juin 2013. Enfin, un tournoi de football populaire se tiendra le dimanche avec même quelques équipes internationales. Cela sera aussi l’occasion de tenir quelques débats et forums en parallèle des matchs.

LE PROGRES SOCIAL :
Quelques semaines après le meurtre de Clément, le gouvernement a fait le choix de dissoudre différentes organisations de l’extrême droite radicale. Depuis cette dissolution, certains groupes sont moins visibles mais n’en demeurent pas mois actifs. Quel est d’après toi l’impact de ces dissolutions et où en sont ces groupuscules ?

ROMAIN :
On a pu voir que cela ne les arrêtait pas. L’Œuvre française continue de militer sous son nom et sous celui de différents paravents comme le Clan ou les Caryatides. Du côté de Troisième voie, il y a maintenant divers groupes de skinheads et leur discrétion est toute relative puisqu’un ancien responsable du mouvement serait mouillé dans un trafic d’arme qui aurait permis d’alimenter Coulibaly pour le massacre de l’Hyper cacher.

LE PROGRES SOCIAL :
Depuis bientôt trois mois, le mouvement social est en lutte contre la « loi travail ». Le réveil des luttes est-il d’après toi un préalable pour contrer les idées et groupes d’extrême droites ?

ROMAIN :
Bien sûr ! On a toujours dit que le combat contre l’extrême droite était quotidien et social. Aujourd’hui, à part l’électorat pied-noir et bourgeois du sud, une grande partie de l’électorat est issu d’anciens bassins miniers ou de zones désindustrialisées. Ce sont des gens qui auraient voté pour le PC il y a 30 ans. Donc bien sûr, la question sociale est centrale. En plus, quand la CGT mène une grève de travailleurs sans-papiers ou qu’un tract pour l’accès à l’IVG est diffusé par un syndicat à des centaines de milliers d’exemplaires, tu fais plus d’antifascisme qu’en criant F comme facho, N comme nazi. Cela ne parle plus tellement d’invoquer la figure du SS ou d’Hitler. Avec en plus la diffusion de théories du complot ou les dégâts fait dans une certaine frange des classes populaires par le bouffon Soral, il faut vraiment reprendre le travail de conviction et de terrain. Ce n’est pas toujours aussi fun et sexy qu’un fumigène derrière une banderole, mais c’est indispensable.

LE PROGRES SOCIAL :
Comment analyses-tu l’expression politique du FN par rapport aux opposants à la « loi travail » ?

ROMAIN :
C’est l’autre preuve qu’un gros mouvement social, il n’y a rien de tel pour mettre à mal l’extrême droite. Ça fait trois mois que ça dure, trois mois qu’on entend beaucoup moins Marine Le Pen à la télévision, et c’est toujours ça de gagné ! Il faut dire qu’entre leurs intérêts personnels, la défense des petits patrons, celle de leurs financeurs et leur discours social, ils ont le cul entre deux chaises. L’arnaque du FN proche des ouvriers est mise à jour. D’ailleurs, leur position alambiquée sur la loi est inaudible. On a pu montrer qu’en France, il y avait encore des travailleurs et des travailleuses prêts à se mettre en mouvement pour des conquêtes sociales et contre les attaques du patronat. Dans un contexte où la petite musique réactionnaire des Zemmour, Le Pen et Ménard était dominante, cela fait du bien de constater que ce n’était pas une fatalité.

https://www.facebook.com/notes/le-progr%C3%A8s-social/interview-de-romain-membre-du-comit%C3%A9-pour-cl%C3%A9ment/1576948262604933

Par-delà les frontières, la lettre solidaire des mères italiennes du collectif «Madri Per Roma Città Aperta»

L1006763Cher Clément,
Une mer de haine alimentée par les inégalités du capitalisme et incitée par des experts militants de l’extrême droite, a armé les mains de tes assassins comme celles des assassins de Dax à Milan, Renato à Rome, Pavlos à Athènes.
Et aujourd’hui, sous cette marée de haine utilisée pour cacher, sous la couverture de la « sécurité » les vrais problèmes sociaux – revenu, logement , droits de la citoyenneté – voilà le retour de la violence. Ce climat et le succès de ces nouvelles droites arment à nouveau la main des fascistes, trop souvent couverts par le niveau institutionnel et par l’apparat policier.
Les risques du fascisme plus dangereux se rencontrent aujourd’hui dans tous les partis et les organisations qui utilisent la violence et le meurtre comme forme «politique» pour intimider l’autre, dans les messages et les pratiques racistes, dans la propagation d’identités territoriales et dans le nationalisme, conçu comme un rempart contre les communautés multi-ethniques.
«Pas besoin d’être forts pour faire face au fascisme dans ses forme folles et ridicules – écrivait Pasolini-: vous devez être très fort pour faire face au fascisme vu comme normalité… Extrême droite et néo-fascistes sont devenus populaires parmi les jeunes tandis que la haine et la violence dont ils sont porteurs ont été déclassifiées comme « bagarres entre jeunes », comme des «phénomènes occasionnels», et non pas comme le résultat d’un climat politique.
Qui s’oppose et s’est opposé dans ces dernières années à la montée de haine et de discrimination, l’a fait aussi pour continuer à s’opposer au fascisme. Les camarades et frères qui ont été tués ou blessés, ont été tués ou blessés parce qu’ils étaient et sont anti-fascistes, parce qu’ils étaient et sont ennemis irréconciliables de cette haine, de ses symboles et de son vocabulaire d’hier et d’aujourd’hui: parce qu’ils s’opposaient et ils s’opposent à ces idées de mort, la vie et la vision du monde dans le signe de la solidarité et de la libération de chacun de ses propres chanes . Ils nous ont montré , en d’autres termes, ce que cela peut signifier aujourd’hui, 70 ans après la libération, le mot Resistenza.
40 ans après les meurtres de Walter Rossi et Valerio Verbano à Rome et de Fausto et Iaio à Milan tués dans les années 70 et 80,
20 ans après l’assassinat de Brahim Bouarram en marge d’un défilé du Front National,
20 ans après l’assassinat d’Ibrahim Ali par des colleurs d’affiches du Front National,
10 ans après l’assassinat de Dax à Milan et de Renato à Rome
2 ans après ton assassinat à Paris, Clément, et de Pavlos à Athènes
le fascisme continue de tuer et reste un danger dans la rue comme dans les urnes.
Nous, mères, nous voulons reprendre vos corps tués et emprisonnés, et les rendre à nouveau visibles, nous voulons reprendre vos rêves, pour vous faire revenir à la vie et à la liberté.
Nous n’avons pas peur , comme vous ne l’avez pas eu. La peur nous la laissons respirer à ceux qui sont assiégés par les luttes, à ces policiers méconnaissables couverts par casques et boucliers, aux lâches armés de couteaux fascistes.
Chers Clément et Carlo et Dax et Renato et Remi et Pavlos vos poumons étaient pleins de liberté, comme le sont ceux des camarades qui sont maintenant en prison et jugés pour leurs luttes et leurs rêves.
Même nos poumons de mères se sont remplis de liberté et nous continuerons à raconter et dénoncer les nombreux épisodes de violences fascistes et l’atteinte à la liberté et aux droits découlant de la lutte anti-fasciste et de la Résistance.
Nous continuerons à nous opposer à un État liberticide et répressif qui favorise et cultive la croissance de groupes fascistes, nazis et racistes.
Nous continuerons de refuser la création d’une Europe forteresse, xénophobe et répressive contre les luttes sociales, nous continuerons et nous poursuivrons à rappeler les milliers de migrants qui sont morts dans la Méditerranée et ceux qui sont enfermés dans des camps d’expulsion, les gens qui meurent à cause de l’insécurité, les victimes de la répression et de la police fasciste dans le monde.
Nous continuerons à nous opposer à tout cela et à crier notre désir de vivre tous ensemble dans le respect des droits et de l’équité sociale et de continuer à combattre le fascisme sous toutes ses formes.

Nous, Le Madri Per Roma Città Aperta (Mères Pour Rome Ville Ouverte), nous lançons un appel pour que toutes les résistances se réunissent contre chaque État ou Régime qui soit basé sur les nombreuses formes de fascisme qui existent encore en Italie et dans le monde. Pour qu’on puisse parcourir des chemins anti-fascistes qu’ils soient italiens, européens ou mondiaux, qui devront nécessairement marcher ensemble et se nourrir les uns les autres avec leurs particularités, grâce à un travail actif de connaissance et de soutien mutuel.

C’est pour cela que nous remercions tes parents, Clément, et tes camarades du groupe d’Action Antifasciste Paris-Banlieue dont tu faisais partie, pour avoir accepté notre invitation à célébrer l’anniversaire de la libération de l’Italie du fascisme.

Il est temps, en Italie, en Grèce, en France et dans le monde entier que nous organisions la riposte. Avec les nouveaux partisans, Clément, Carlo, Renato, Dax, Valerio, Pavlos, Remi… Il est temps de reprendre la rue – nos rues.

Ni oubli, ni pardon

Le «Madri Per Roma Città Aperta»

10563016_10203879036629788_4661306611854385111_n

 

Clément Méric: indulgence judiciaire pour les militants d’extrême-droite

Lu sur Le Huffington Post :
Clément Méric: indulgence judiciaire pour les militants d’extrême-droite

Esteban Morillo, principal suspect dans la mort de Clément Méric, en juin 2013 à Paris, a été remis en liberté, mardi 2 septembre, par la cour d’appel de Paris.

Sympathisant du groupuscule d’extrême droite Troisième Voie, Esteban Morillo avait reconnu dès le départ avoir porté deux coups de poing, à main nue, au visage de l’étudiant de 18 ans.


Il est mis en examen pour « violences volontaires en réunion et avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Le deuxième suspect en détention provisoire dans cette affaire, Samuel Dufour, 20 ans, avait été libéré en juin.

Dufour est ce militant fasciste qui, après avoir participé à l’agression qui a conduit au meurtre de Clément Méric, avait envoyé des SMS accablants sur sa participation aux faits. Il a été libéré, sous contrôle judiciaire, un an tout juste après les faits. Parmi ses SMS, certains avaient comme destinataire Serge Ayoub, leader du groupe « Troisième Voie ». Celui-ci dénonçait d’ailleurs au mois de février,sur le site Rue 89 qui lui laissait complaisamment la parole, la détention provisoire de Dufour comme un prétendu scandale, notamment en raison de la « poursuite des études » du jeune fasciste. Il a été écouté.

Katia Veloso, la compagne du principal mis en cause Esteban Morillo, qui avait téléphoné à des militants d’extrême-droite pour qu’ils viennent rejoindre les jeunes néo-nazis déjà sur place, a été mise totalement hors de cause.

Si cet état de fait est révoltant, et augure plutôt mal de la suite du procès du meurtre de Clément Méric, il n’est malheureusement pas surprenant, au regard d’autres affaires de ce type.

brahim_bouarramEn 1995 Brahim Bouarram est jeté à la Seine, en marge d’un défilé du FN, par des militants néo-nazis, dont il sera très vite établi qu’ils avaient des liens habituels avec le parti d’extrême-droite. Plusieurs d’entre eux étaient en effet utilisés régulièrement comme membres du service d’ordre par les responsables du FN de leur département d’origine.

Moins d’un an après le meurtre, plusieurs des co-accusés sont libérés pendant l’instruction alors en cours. Quatre témoins ont d’abord relaté des faits accablants et concordants démontrant que l’ensemble des néo-nazis cherchait activement une victime en scrutant les berges de la Seine, bien avant de tomber sur Brahim Bouarram.

Mais en quelques mois, ces quatre personnes se sont toutes rétractées, notamment une jeune femme qui apparaît muette et terrorisée au cours des audiences. Le juge, pourtant, ne tient aucun compte du caractère troublant de ces rétractations tardives générales, et relâche les co-accusés. L’un des présents à la ratonnade a d’ailleurs été relâché bien avant, comme si la possibilité de pression sur les témoins n’avait aucune importance.

Par ailleurs, le responsable du service d’ordre du FN (le DPS) comme celui du FN de la Haute-Marne ne seront jamais inquiétés. Ils avaient pourtant attendu une semaine avant de donner l’identité des accusés à la police et s’étaient auparavant rendus au domicile de ces derniers, ce qui leur a laissé tout le temps pour se débarrasser d’éléments compromettants et élaborer une stratégie de défense.

Au procès lui-même, les peines des co-accusés du meurtre de Bouarram permettront à trois d’entre eux de ne pas retourner en prison, la peine ferme d’un an étant couverte par la détention préventive, et les trois ans restants étant du sursis. Un seul co-accusé David Halbin fera un an de prison, mais seulement parce qu’il était resté libre le temps de l’instruction. Quant à celui qui a poussé Brahim Bouarram dans la Seine Mickaël Freyminet, il écopera d’un jugement très modéré, de huit ans ferme.

Sept ans plus tard, on retrouvera son nom cité dans une autre affaire de meurtre: en septembre 2002, une bande de néo-nazis tabasse François Chenu à Reims, le jette à l’eau, puis le repêche pour l’achever à coup de rangers. François Chenu était homosexuel, le seul mobile du meurtre. Après les faits, les jeunes néo-nazis avaient passé de nombreux coups de fil à leur mentor un peu plus âgé, qui n’était autre que le meurtrier de Brahim Bouarram. Mickaël Freminet.

Celui-ci, qui avait déclaré avoir abjuré ses croyances et avait osé demander pardon à la compagne de Brahim Bouarram, s’était immédiatement relancé dans l’activisme néo-nazi à sa libération. Il avait d’ailleurs rencontré les trois meurtriers de François Chenu lors d’un camp organisé par cette mouvance.

Esteban Morillo, l’assassin présumé de Clément Méric, déclare déjà aujourd’hui qu’il a renoncé à ses idées, et le redira sans doute lors du procès. Il est d’ailleurs fréquent que la justice fasse mine de croire ces paroles. Elle prête une oreille attentive aux avocats de la défense toujours prompts à plaider la nécessité de ne « pas briser définitivement la vie » des jeunes fascistes avec des peines trop lourdes.

Naturellement, l’argument est encore plus entendu quand le prévenu est sorti de prison bien en amont du procès: contrairement aux jeunes des quartiers populaires, les militants d’extrême-droite ont le réseau et les relations pour retrouver très vite un emploi et une « insertion ». Ainsi nul doute que Samuel Dufour se présentera en salarié modèle le jour où les audiences débuteront. Maxime Brunerie, qui avait tiré sur Jacques Chirac n’avait-il pas retrouvé un emploi à la mairie UMP de Courcouronnes, dès sa sortie de prison?

D’autres affaires en cours donnent également des raisons de craindre que les assassins de Clément Méric fassent l’objet d’une grande clémence judiciaire: par exemple le non-lieu délivré à Christophe Lavigne. En mars 2014. Lavigne, militaire de carrière, toujours pas rayé des cadres de l’armée, avait lui même reconnu planifier un attentat meurtrier contre la mosquée de Vénissieux. Il déclarait avoir tout préparé pour tirer dans la foule à la sortie de la prière, pendant le Ramadan 2013.

L’homme, sympathisant actif de l’extrême-droite identitaire et néo-nazie était déjà passé à l’acte quelques temps auparavant en jetant un cocktail Molotov sur la mosquée de Libourne. Il répondra de ce dernier acte en justice prochainement, mais comparaîtra libre, et n’aura en tout cas jamais à se justifier de son projet d’attentat.

A quoi attribuer cette indulgence pour les actes et même les crimes de l’extrême-droite dans une période où pourtant les longues peines et la détention préventive allongée sont la règle ordinaire?

Les juges ne sont certes pas des fascistes, mais dans le fonctionnement actuel du système judiciaire, beaucoup d’éléments sont favorables à ces derniers. Les réseaux de l’extrême-droite permettent un soutien financier extrêmement important, décisif dans une procédure. Cela ouvre la possibilité de se concerter régulièrement et longuement avec son avocat, celle de faire des recours réitérés pour demander une libération, de contester des expertises. Toutes ces démarches pèsent fortement. .

Le temps joue aussi: quand l’attention médiatique s’éloigne, quand la solidarité avec les victimes s’amenuise, les débats et les décisions se font avec moins de pression sur les accusés, et des juges déjà prompts à regarder d’un œil compatissant des jeunes gens d’extrême-droite pourront d’autant plus se le permettre.

Il faut donc beaucoup d’acharnement, de solidarité et de combats pour obtenir que justice soit rendue. C’est le cas, parfois, pour certaines agressions. Ainsi les jeunes néo-nazis qui avaient tabassé Nourredine Rachedi en 2008 à Guyancourt (78), après l’avoir interrogé pour savoir s’il était musulman, ont fini par être condamnés au moins à une peine de dix-huit mois de prison avec sursis en 2012, par la Cour d’Appel. C’est incroyablement peu au regard de la gravité de l’agression, mais en première instance, ils avaient été relaxés; seul le courage de la victime et la solidarité ont permis que cette relaxe ne soit pas définitive.

Il est donc essentiel de ne pas laisser l’instruction se dérouler en silence concernant le meurtre de Clément Méric . Dans le contexte actuel d’offensive de l’extrême-droite, les antiracistes et les progressistes doivent faire largement connaître les enjeux de ce qui se déroule au plan judiciaire. C’est le seul moyen d’obtenir un minimum de justice.

download-2Albert HerszkowiczMembre du Collectif Memorial 98 qui lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les négationnismes;
site internet www.memorial98.org

CLÉMENT MÉRIC, APRÈS DEUX ANS D’ENQUÊTE, UNE RÉPONSE A QUELQUES CONTRE-VÉRITÉS

CLÉMENT MÉRIC,  APRÈS DEUX ANS D’ENQUÊTE, UNE RÉPONSE A QUELQUES CONTRE-VÉRITÉS

Il y a deux ans, Clément Méric, jeune militant antifasciste, mourrait sous les coups d’une bande de skinheads néonazis rue Caumartin à Paris. Alors que nous venons de lui rendre hommage, il est temps de faire un point sur l’avancée de l’enquête, et de dénoncer ainsi quelques contre-vérités principalement diffusées par les réseaux d’extrême-droite et relayées dans les médias[1].

« La responsabilité de la confrontation est à chercher du côté des antifascistes »

C’est en substance ce que racontait il y a encore quelques jours la défense d’E. Morillo devant la caméra de l’AFP. Elle fait là certainement référence à la réaction outrée d’un des amis de Clément lors de l’arrivée des skinheads à la vente privée de la rue Caumartin. L’enquête a établi que l’un de ceux-ci arborait sur son T-shirt le slogan « Par le sang et par l’honneur« , devise des Jeunesses hitlériennes. Réagir face à des affichages néo-nazis, ne pas baisser les yeux et ne pas rester silencieux, ce n’est pas une provocation, c’est une réaction saine.

Immédiatement avant d’agresser Clément, E. Morillo avait eu une conversation téléphonique avec son chef, Serge Ayoub. L’un des témoins raconte qu’après avoir raccroché, il a enfilé un poing américain à la main droite et dit au reste de la troupe « on y va ». Il serait vraiment intéressant de savoir ce que se sont dit ces deux hommes liés par une forte relation hiérarchique…

« Clément Méric et ses amis attendaient les skinheads pour en découdre »

Voilà ce qu’on peut lire ou entendre dans toute la presse, de Libération à Minute… Or, c’est faux. Le groupe attendait simplement que les néo-nazis quittent la vente privée pour que Clément, qui venait de les rejoindre, puisse faire ses courses en toute quiétude. C’est d’ailleurs pourquoi ils se tenaient à une certaine distance du lieu de la vente.

Une rencontre avec les néo-nazis leur semblait même impossible : ils avaient signalé à l’un des vigiles de la vente, qui était venu à leur rencontre, la présence de poings américains dans les sacs des skinheads (ces derniers avaient laissé voir ces objets en les glissant dans leurs sacs à l’entrée de la vente) afin qu’il prévienne deux policiers qui se trouvaient sur place. Le vigile n’en a rien fait, et quelques minutes après le départ des policiers, les skinheads sont sortis avec leurs armes.

« Le groupe de Clément Méric attendait des renforts »

Bien que l’on puisse le lire ici ou là, cette première intuition des policiers n’a jamais été confirmée par l’enquête qui a procédé à une analyse approfondie des téléphones. Et il est établi que personne n’est arrivé en renfort du côté des antifascistes.

A l’inverse, Morillo et deux autres personnes ont reconnu être venus sur les lieux pour prêter main forte aux skinheads, à leur appel.

« Les skinheads se sont défendus contre une agression des antifas »

C’est la thèse de l’inversion des rôles entre agresseurs et agressés largement diffusée par les milieux d’extrême-droite[2].

En sortant de l’immeuble de la vente pour – selon leurs dires – rejoindre le métro, les skinheads ont pris vers la gauche en direction du groupe des antifas, alors que l’entrée de métro la plus proche – visible de cet endroit – se trouvait à l’opposé, sur leur droite, direction vers laquelle un vigile leur avait conseillé d’aller.

Contrairement à ce qui est également parfois prétendu, le groupe de Clément n’a à aucun moment barré la route à celui d’E. Morillo. Les enregistrements de vidéosurveillance[3] montrent que l’agression a eu lieu au pied du mur de l’église où patientaient Clément Méric et ses camarades depuis plus de quarante minutes, et non au milieu de la voie comme le prétendent les skinheads. Il est donc établi qu’E. Morillo et ses comparses se sont délibérément dirigés vers les antifascistes.

Et c’est bien E. Morillo qui a porté le premier coup, comme il l’a lui-même avoué aux enquêteurs.

« Les skinheads n’étaient pas armés »

Il est acquis que S. Dufour l’était puisqu’il s’est vanté dans un SMS d’avoir utilisé un poing américain (aveu corroboré par des témoignages, parmi lesquels celui d’E. Morillo lui-même).

Quant à E. Morillo, qui reconnaît avoir porté à Clément le coup qui l’a tué, un vendeur et plusieurs passants affirment l’avoir vu un poing américain à la main.

Il y a aussi, et surtout, ces marques significatives sur le visage de Clément : des marques rectangulaires ponctuées de 2 cm sur 6 cm et de 2 cm sur 8 cm, qui devraient laisser peu de place au doute. Pourtant, se fondant sur les hésitations initiales du rapport d’autopsie, les expertises de médecine légale déjà réalisées ont renoncé à prendre clairement position : elles refusent de conclure formellement à l’usage d’un poing américain, sans pour autant en exclure la possibilité. De nouvelles expertises sont attendues pour clarification.

« Clément Méric est mort… » « accidentellement » ou « en chutant »

On a souvent évoqué la présence d’un poteau ou d’une poubelle à proximité de l’endroit où Clément s’est effondré et expliqué que c’est en se cognant la tête sur l’un des deux objets qu’il s’était tué. En réalité, Clément est tombé directement à terre sous le coup de son agresseur. Si le choc reçu à l’arrière de la tête au contact du sol pouvait avoir de graves conséquences, il est acquis, et cela a été clairement indiqué dès le début de l’enquête, que c’est le coup violemment porté au visage – sur l’arête du nez – qui l’a tué. La mort de Clément n’est pas un accident ; elle résulte bien d’un geste volontaire.

L’établissement de la vérité concernant la mort de Clément est un long combat contre la dissimulation, la diffamation et l’intoxication médiatique. Il est éprouvant, mais nous le mènerons jusqu’au bout.

Les parents de Clément Méric et ses amis présents lors de l’agression
Juin 2015
[1] Nos propos s’appuient sur l’instruction pénale qui est toujours en cours et devrait se prolonger encore plusieurs mois, du fait des nouvelles investigations prévues ; la tenue du procès d’assises ne doit donc pas être attendue avant 2016.

[2] Ainsi, l’opération « La vidéo de l’agression a parlé« , trois semaines après la mort de Clément, tentait de présenter les agresseurs en situation de légitime défense. Il était prétendu au sujet des images de vidéosurveillance qu’elles « montrent un Clément Méric provocateur » et paraissent  » conforter les arguments des militants d’extrême droite selon lesquels ils n’avaient fait que répliquer aux attaques des militants antifascistes« . Rien dans le dossier ne vient étayer ces allégations mensongères. Cette manipulation, probablement initiée par des relais de l’extrême droite dans la police, avait été, avec la complicité de RTL, relayée sans précaution par la plupart des médias, bien que contredite par des responsables de la police judiciaire.

[3] La vidéo est visible dans l’enquête de Thierry Vincent « Les violences de l’extrême droite – Le retour » diffusée par Canal + le 24 novembre 2014 dans le cadre du magazine « Spécial investigations ».

 

Communiqué du « Comité pour Clément » sur la mise en liberté de M. Morillo.

Nous avons appris ce jour la libération sous contrôle judiciaire de M. Morillo, principal mis en cause dans la mort de notre camarade, Clément Méric.

Rappelons d’abord que la fin d’une détention provisoire ne présage en rien de l’issue d’un procès, et encore moins de l’innocence des mis en examen. En effet, la détention provisoire est une mesure d’exception qui doit être justifiée par les nécessités de l’instruction et cesser dès que possible. Les parties civiles ne se sont d’ailleurs prononcées sur aucune des demandes de remise en liberté, et ce depuis le début de l’affaire.

Qu’il soit bien clair aussi que nous ne prônons pas l’enfermement comme solution, que nous ne le souhaitons à personne ; et surtout que nous ne nous en remettons pas à la justice pour lutter contre l’extrême droite.

Elle a d’ailleurs prouvé son indulgence voire sa bienveillance à l’égard de celle-ci à plusieurs reprises : les assassins de Brahim Bouarram ont été condamnés à des peines de huit mois à un an ferme, un militant qui a tiré sur un concert de soutien aux sans-papiers a été condamné à deux ans de prison en comparution immédiate sans aucune enquête sur les complicités dont il a bénéficié, Serge Ayoub est relaxé de l’assassinat de James Dindoyal et nous pourrions poursuivre cette triste liste.
970203_344643972330609_1167883281_nLa libération de M. Morillo ne doit pas faire oublier que les preuves à l’encontre des militants de 3e Voie qui ont agressé Clément sont accablantes. Loin de la présentation qu’en font certains médias qui renvoient deux versions dos à dos, l’enquête a permis de préciser les zones d’ombres des premières semaines. Plusieurs témoins confirment la présence de poings américains dans le groupe de skinheads ainsi que l’appel de renforts par SMS et appels téléphoniques. Les relevés d’appel confirment également le lien direct entre les agresseurs de Clément et Serge Ayoub, qui prétendait pourtant ne pas les connaître. Enfin, la vidéo de surveillance citée en juin par RTL, dans ce qui restera une belle intoxication d’un média peu regardant, démontre que Clément et ses amis n’ont pas bougé d’un centimètre en direction de leurs agresseurs qui se sont bien jetés sur eux.

Mais le mal est fait. L’extrême droite a réussi son coup de communication avec la complicité de nombreux journalistes qui se sont empressés de relayer leurs versions, voire de donner de l’importance à des provocations verbales alors que notre camarade avait été frappé à mort.

Notre combat ne vise pas à une vengeance judiciaire par l’obtention de lourdes peines. Il vise à refuser que soient mis sur un pied d’égalité les idées de haines et de violence de l’extrême droite avec les idées d’égalité et de progrès social que nous défendons.

Comité pour Clément

10634106_433286966809747_297432093518311832_o

L’extrême droite et les femmes : pourquoi Katia Veloso n’est-elle plus mise en examen ?

L’extrême droite française est un milieu numériquement dominé par les hommes blancs, et dont tout le discours est organisé pour servir les intérêts des hommes blancs. On y trouve pourtant, marginalement, des minorités ethniques et raciales, qui y défendent des discours racistes. On y trouve aussi des femmes, qui y défendent des discours antiféministes. Elles rejettent le droit des femmes à disposer de leur corps, s’insurgent contre la contraception et le droit à l’IVG, promeuvent l’hétérosexualité obligatoire, soutiennent que les hommes sont « naturellement » plus légitimes à occuper les positions de pouvoir.

velosoquenelle

 

Katia Veloso est l’une d’elles. Militante de Troisième Voie, groupuscule officiellement dissout à la suite de la mort de Clément, elle était présente sur les lieux de l’agression. Alors qu’elle avait été initialement mise en examen pour complicité de violences, elle a bénéficié récemment d’une annulation de sa mise en examen, et donc de son placement sous contrôle judiciaire. La justice s’est montrée plus ferme envers Stéphane Calzaghe, qui a vu confirmée sa mise en examen, et Samuel Dufour, maintenu en détention. Pourtant, Katia Veloso a pleinement participé à l’agression, et par là au meurtre de Clément. C’est elle qui a appelé en renfort plusieurs autres militants néonazis, en renfort de son compagnon Esteban Morillo, principal accusé.

Comment sa mise en examen a-t-elle pu être annulée ?

L’explication est double : Veloso a paradoxalement tiré profit, d’une part, du sexisme de l’extrême droite et de la justice française, et, d’autre part, de l’acharnement de la justice à dépolitiser le meurtre de Clément.

Elle a tiré du profit du sexisme de l’extrême droite : comme d’habitude chez les réactionnaires, les rôles des hommes et des femmes ont été soigneusement distingués. Les hommes sont passés à l’action, les femmes sont demeurées sagement en arrière. Une seconde militante de Troisième Voie, présente sur les lieux, s’est docilement mise en retrait avant l’agression : elle n’a ainsi même pas été inquiétée par la justice. Veloso n’a elle non plus porté aucun coup : d’une certaine manière, elle a donc été préservée par le sexisme qui l’assignait à la seconde ligne. C’est le premier pas : Veloso ne risque pas l’accusation de violences.

Mais elle n’a pu tirer profit du sexisme de l’extrême droite qu’à la condition que celui-ci soit validé par l’institution judiciaire, qui a effectivement considéré que son rôle avait été insignifiant. Elle a ainsi bénéficié du sexisme ordinaire des institutions françaises, incapables de considérer les femmes comme sujets politiques à part entière. Pour la justice, Veloso ne saurait être complice : puisqu’elle n’est qu’une femme, elle devait logiquement se trouver sous la coupe des hommes. Etant une femme, elle est aussi considérée intrinsèquement moins dangereuse qu’un homme. Surtout, Veloso est sagement restée dans son rôle « féminin ». La justice sait en effet punir, et parfois encore plus sévèrement que les hommes, les femmes qui « sortent de leur rôle » et se mettent à rendre les coups : en témoigne le récent procès de D., condamnée pour s’être défendue d’une agression sexiste et lesbophobe. Le sexisme institutionnel fait le deuxième pas : Veloso n’est même plus accusée de complicité.

L’envers du sexisme judiciaire est alors la dépolitisation systématique du meurtre de Clément. Le rôle de Veloso ne peut être jugé insignifiant seulement dans une logique qui réduit le meurtre aux coups qui ont été portés, niant la dimension politiquement organisée de l’agression. C’est là le message envoyé par la justice, qui fait comme si les multiples appels passés par Veloso à d’autres militants néonazis, notoirement violents, n’avaient rien à voir avec le meurtre qui s’est ensuivi. C’est, enfin, le troisième pas : l’agression politique organisée est réduite aux coups donnés par un ou deux accusés, à la simple bagarre de rue.Watch movie online The Transporter Refueled (2015)

La dépolitisation, renvoyant fascistes et antifascistes dos à dos comme s’ils étaient « symétriques », fonctionne ici en complément du sexisme, radicalement réactionnaire ou ordinaire. Ce que les faits nous montrent, c’est que ces deux discours servent le camp fasciste.

La récupération médiatique de la mort de Clément

Communiqué d’Acrimed (Observatoire des médias) du 10 juin 2013 :

La mort d’un jeune homme de 18 ans sous les coups de militants racistes est un fait politique. Les rassemblements à sa mémoire sont eux aussi un fait politique. Quand les médias se sont bornés à informer sur ces faits et à les commenter pour eux-mêmes, ils ont fait leur travail.

Autre fait politique : les formations politiques se sont emparées de ces faits pour les interpréter dans leur propre perspective et leur donner la suite de leur choix. Occasion a été ainsi donnée à une petite cohorte d’éditocrates de prendre de la hauteur et de transformer en problème majeur la « récupération politique », réelle ou supposée, sans se préoccuper d’une indéniable récupération médiatique.

Or celle-ci est elle-même un fait politique et médiatique : une récupération destinée à transformer l’information en spectacle de l’information et le débat en spectacle du débat.

C’est ainsi que l’on a pu lire, voir ou entendre des journalistes commenter la mort de Clément Méric comme s’il s’agissait d’un simple fait divers : la conséquence d’une banale bagarre de rue (qui aurait mal tourné) entre acheteurs de fringues. De quelle éthique peuvent se réclamer les « journalistes » qui sont parvenus à présenter un groupe de racistes comme un club d’amateurs de vêtements ?

1676789-serge-ayoub-clement-meric-etait-l-agresseur-selon-le-leader-des-jnrC’est ainsi que nous avons assisté pendant plusieurs jours à une mise en scène médiatique du prétendu débat sur « la montée des extrémismes » (pour reprendre le titre d’une émission d’Europe 1), avec à la clé l’amalgame (extrémiste ?) entre des formations collectives que tout oppose. De quelle éthique journalistique peuvent se prévaloir des médias qui confondent sciemment la virulence verbale et la violence physique qui se solde par la mort d’un homme ?

C’est ainsi, enfin, que des porte-paroles de groupes dont l’obédience fasciste est patente ont bénéficié, non pas de la seule possibilité de s’exprimer, mais d’une surexposition complaisante que les questions qui leur étaient posées aient été elles-mêmes complaisantes (comme sur BFM-TV) ou non (comme sur i-Télé). De quelle éthique journalistique pourraient se réclamer des médias qui, suivant cette pente, s’emploieraient demain, toutes proportions gardées (et nous savons garder les proportions), à illustrer ce que disait Jean-Luc Godard : « L’objectivité, c’est cinq minutes pour Hitler, cinq minutes pour les Juifs » ?

Acrimed, le 10 juin 2013

Post-scriptum
Une parmi beaucoup d’autres, la couverture d’Aujourd’hui en France du 7 juin reproduite ci-dessous, qui fait référence à des « affrontements entre extrémistes », est exemplaire de ces amalgames injustifiables qui ont marqué la couverture médiatique de cet évènement tragique.
ajd-en-fce_couv