4 ans après la mort de Clément Méric, CONTRE TOUS LES RACISMES ET L’EXTRÊME DROITE

4 ans après la mort de Clément Méric,
CONTRE TOUS LES RACISMES ET L’EXTRÊME DROITE

Il y a quatre ans déjà, le 5 juin 2013, notre camarade, Clément Méric, syndicaliste et antifasciste était assassiné à 18 ans par des militants d’extrême-droite.
A l’heure où le Front National enregistre une fois de plus des scores importants aux élections, à l’heure où le discours raciste et xénophobe se propage et à l’approche du procès de ses agresseurs, il est de notre devoir de manifester, encore une fois, notre colère.

Nous manifesterons pour rendre hommage à notre camarade, et affirmer l’actualité de ses combats. Mais ce combat contre l’extrême-droite ne se réduit pas à cette manifestation, il prend corps quotidiennement dans les luttes que nous menons.
En portant un projet de transformation sociale, en se battant pour une éducation critique et ouverte à toutes et tous, pour un travail émancipateur, nous faisons reculer l’extrême droite.

En luttant contre les licenciements, les fermetures d’entreprises, et pour les droits des salarié-e-s, nous faisons reculer l’extrême-droite.

En développant la solidarité internationale avec les peuples qui luttent pour leur auto-détermination et contre le colonialisme, nous faisons reculer l’extrême-droite.
En combattant encore et toujours le sexisme, le racisme, l’islamophobie, l’antisémitisme, l’homophobie, la transphobie, toutes les discriminations et système d’oppression, nous faisons reculer l’extrême-droite.

En nous organisant pour faire vivre notre arme la plus puissante, la solidarité, nous faisons reculer l’extrême-droite.
Nous appelons donc toutes celles et ceux qui partagent les valeurs du progrès et de la justice sociale à nous rejoindre lors de la journée de mobilisation et d’hommage à Clément et ses combats.

SAMEDI 3 JUIN
13-17h :
Ateliers, débats, village du livre antifasciste
Place de la République
17h :
MANIFESTATION

Premiers signataires : Comité pour Clément, Action Antifasciste Paris-Banlieue (AFA), Union syndicale Solidaires, Solidaires étudiant-e-s, Solidaires Groupe RATP, Alternative Libertaire (AL), Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF), Confédération nationale du travail – Région parisienne (CNT-RP), Collectif Quartier libre, Sorbonne Antifasciste (SIAMO), La Horde, Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes (VISA), Mouvement des Jeunes Communistes (MJCF), Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), OCML-VP, Le Parti de Gauche (PG), Union des Etudiant-e-s Kurdes de France (UEKF), Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) …

 

 

« Seul-es meurent ceux-celles qui tombent dans l’oubli »

Banderole à Barcelone en hommage à plusieurs victimes du fascisme le 11 novembre dernier : « Seul-es meurent ceux-celles qui tombent dans l’oubli ».
De gauche à droite : Guillem Agulló (jeune antifa de Valence, assassiné en 1993), Francisco Javier Romero Taboada (dit « Jimmy »), Carlos Palomino, Clément Méric et Lucrecia Pérez Matos (immigrée tuée en 1992 à Madrid).
#NiOubliNiPardon

3 & 4 Juin 2016 – Festival en mémoire de Clément

► LES LENDEMAINS QUI CHANTENT 2016 ◄
Trois ans après la mort de Clément, la lutte continue.

► VENDREDI 3 JUIN à 18h
à La Flèche d’Or
102 Bis Rue de Bagnolet, 75020 Paris
(métro: Gambetta) 〓 PAF: 12 euros

Soirée Hip-Hop avec :
Ryaam
Original Tonio
Billie Brelok
Première Ligne (Skalpel, E.One & Akye)
VII
Casey

► SAMEDI 4 JUIN à 18h
à La Maroquinerie
23 Rue Boyer, 75020 Paris
(métro: Ménilmontant) 〓 PAF: 12 euros

Soirée Ska/Punk avec :
The Ready-Mades
The Beatdown
The Offenders
Two Tone Club
The Oppressed s.h.a.r.p. attitude

〓 PAF pour les deux soirs: 20 euros

Achat de places en ligne et infos sur
www.pourclement.org
leslendemainsfestival@gmail.com

4 Juin 2016 à Paris : Manifestation antifasciste en mémoire de Clément

Trois ans après, on ne baisse pas les bras !

Il y a maintenant trois ans, le 5 juin 2013, notre camarade Clément Méric, militant syndicaliste et antifasciste, était assassiné par des membres du groupuscule néonazi Troisième Voie. Depuis, sa mort est encore présentée comme le résultat d’une rixe entre bandes dans les médias et les discours politiques, réduite à un fait divers et non pas considérée comme la conséquence de la normalisation des idéologies de l’extrême droite dans de larges secteurs de la société française. L’activisme au grand jour de groupes néofascistes, les discours ouvertement racistes et sexistes devenus la norme… ne sont que les symptômes de l’installation d’un système autoritaire, sexiste, raciste et antisocial.

Les attentats de janvier et ceux de novembre ont lancé le début de la militarisation des forces de police. L’état d’urgence, sous lequel nous sommes appelé-e-s à vivre de façon permanente, c’est surtout 3379 perquisitions pour seulement 6 procédures judiciaires pour terrorisme. Les musulman-e-s, ou supposé-e-s tel-le-s sont considéré-e-s comme une « potentielle menace terroriste » et sont rapidement devenu-e-s les cibles des politiques racistes et racoleuses censées rassurer la population. Mais ces discours détruisent des milliers de vie. Les perquisitions et les assignations, source d’humiliation, ont été d’une grande violence, physique et psychologique. Dernièrement, le débat sur la déchéance de nationalité ne fut en réalité qu’une occasion de plus pour les politiques de se concurrencer dans la parole raciste. De cette manière, le gouvernement s’est largement dédouané de toute responsabilité de son échec d’assurer la sécurité intérieure, et ont fait payer à des familles entières leur incompétence.

Cette expérience islamophobe est devenue un laboratoire de la répression de toute parole d’opposition au gouvernement. Le déchaînement de la police à la veille de la COP21 le prouve. La militarisation de l’espace public ne sont plus des fantasmes mais une réalité concrète et quotidienne. Les politiques de répression de toutes formes de contestation populaire, les acquittements systématiques dans les affaires de crimes policiers, jusqu’à l’arbitraire et la brutalité contre les populations fragiles sous couvert d’état d’urgence, et la politique de criminalisation des militant-e-s des droits de l’Homme de la campagne BDS, tout ceci n’est que l’expression publique et sans masque d’un racisme qui ronge les institutions et administrations françaises. Tout ça pour nous amener à accepter les violences policières comme mode de gestion des classes populaires.

Par ailleurs, la « crise des migrants » n’est qu’un symptôme de plus de cette Europe Forteresse qui accepte que la mer méditerranée ne devienne qu’un immense cimetière maritime pour les victimes du capitalisme et des guerres dont cette même Europe est responsable, du Mali en Syrie. Alors que la mondialisation permet la libre circulation des marchandises et des flux financiers, les être humains sont sommés de s’arrêter aux murs, enfermés dans les camps d’internement ou les prisons. L’Europe s’est créée une forteresse, préférant démanteler les camps, même par le feu, que ce soit aux frontières, à Calais ou dans nos quartiers parisiens de La Chapelle, Stalingrad et Gare d’Austerlitz.
La multiplication des attaques racistes ne font que malheureusement confirmer ce que certains annonçaient depuis des années : la victoire idéologique et politique de l’extrême droite. La mise en place de politiques xénophobes par des gouvernements n’est plus une exception mais devient la norme européenne.

Les mobilisations contre la loi travail révèlent le ras-le-bol face à la destruction programmée des acquis sociaux et face à la précarité comme norme sociale. Elles sont la réponse à toutes celles et ceux qui pensent que la résignation et l’individualisme ont gagné. Les violences policières et la répression exercées contre ces mobilisations mettent en lumière ces pratiques qui sont fréquentes dans les quartiers populaires et tabous dans le reste de la société. Plus la situation sociale va se durcir, plus les violences policières vont se multiplier. Ces politiques sécuritaires et racistes sont le pendant de la guerre sociale, la précarité et l’insécurité sociale comme moyens de gouvernance qui régit notre société.

Parce que nous n’avons rien oublié du sourire de notre camarade ni de ses combats, parce que nous n’avons rien pardonné de l’infamie des fascistes qui l’ont tué et du système qui les produit, parce que nous n’entendons pas laisser sa mémoire aux mains des juges et des journalistes à l’occasion du procès qui approche, nous appelons à une manifestation antifasciste le samedi 4 juin 2016 à 14h à Stalingrad.

Face à la répression, au racisme et à l’extrême droite : autodéfense populaire !

Adhérer au Comité pour Clément

12806036_638800416258400_7763703941977108098_nLe 5 juin 2013, Clément Méric, syndicaliste et antifasciste, était frappé à mort par des militants d’extrême droite. Partout en France des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour marquer leur opposition résolue à l’extrême droite avec un espoir : «Plus jamais ça». Du monde entier des témoignages de soutien nous sont parvenus.

Adhérer en soutien au Comité pour Clément c’est  aider à structurer un réseau qui  recevra régulièrement des informations et qui sera un outil décisif pour relayer la campagne politique du comité qui sera menée à l’occasion du procès des néo-nazis. Cela permet également de soutenir financièrement cette campagne mais également de participer au paiement des frais d’avocats des camarades présents avec Clément le 5 juin.

Parce que nous n’avons rien oublié du sourire de notre camarade ni de ses combats, parce que nous n’avons rien pardonné de l’infamie des fascistes qui l’ont tué et du système qui les produit, parce que nous n’entendons pas laisser sa mémoire aux mains des juges et des journalistes à l’occasion du procès qui approche, le Comité pour Clément lance une campagne d’adhésion :

Pour adhérer deux solutions :

-en ligne ici

en téléchargeant le bulletin d’adhésion et en le renvoyant par la Poste accompagné d’un chèque à l’ordre de Comité pour Clément

Adhésions individuelles : 10 euros

Adhésions au titre de structures nationales : 150 euros

Adhésions au titre de structures locales : 50 euros

A notre camarade Pedro

Pedro avait participé à la création du Comité pour Clément. Il est décédé mercredi dernier des suites d’un cancer.

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Communiqué de l’AFA Paris-Banlieue :

Repose en paix Pedro.
Co-fondateur de la Horde et animateur du collectif Solidarité Résistance Antifa (SRA) pendant plus d’une dizaine d’années, Pedro était un militant antifasciste parisien (re)connu de tous/tes.
Il est décédé mercredi dernier des suites d’un cancer.

Par ces quelques lignes, nous tenons à honorer sa mémoire generic crestor.

Présent à nos côtés lors du décès de notre compagnon Clément, Pedro nous accompagnait déjà au moment de la création de l’Action Antifasciste Paris-Banlieue en 2008, notamment sur les aspects juridiques et de la sécurité.
Il était aussi un camarade réfléchi, toujours de bons conseils et pour certain-e-s un ami.

Nous adressons nos plus sincères condoléances à sa compagne, sa famille et nos camarades et ami-e-s
de La Horde, du SRA et de REFLEXes.

Le meilleur hommage, c’est de continuer le combat.

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Par-delà les frontières, la lettre solidaire des mères italiennes du collectif «Madri Per Roma Città Aperta»

L1006763Cher Clément,
Une mer de haine alimentée par les inégalités du capitalisme et incitée par des experts militants de l’extrême droite, a armé les mains de tes assassins comme celles des assassins de Dax à Milan, Renato à Rome, Pavlos à Athènes.
Et aujourd’hui, sous cette marée de haine utilisée pour cacher, sous la couverture de la « sécurité » les vrais problèmes sociaux – revenu, logement , droits de la citoyenneté – voilà le retour de la violence. Ce climat et le succès de ces nouvelles droites arment à nouveau la main des fascistes, trop souvent couverts par le niveau institutionnel et par l’apparat policier.
Les risques du fascisme plus dangereux se rencontrent aujourd’hui dans tous les partis et les organisations qui utilisent la violence et le meurtre comme forme «politique» pour intimider l’autre, dans les messages et les pratiques racistes, dans la propagation d’identités territoriales et dans le nationalisme, conçu comme un rempart contre les communautés multi-ethniques.
«Pas besoin d’être forts pour faire face au fascisme dans ses forme folles et ridicules – écrivait Pasolini-: vous devez être très fort pour faire face au fascisme vu comme normalité… Extrême droite et néo-fascistes sont devenus populaires parmi les jeunes tandis que la haine et la violence dont ils sont porteurs ont été déclassifiées comme « bagarres entre jeunes », comme des «phénomènes occasionnels», et non pas comme le résultat d’un climat politique.
Qui s’oppose et s’est opposé dans ces dernières années à la montée de haine et de discrimination, l’a fait aussi pour continuer à s’opposer au fascisme. Les camarades et frères qui ont été tués ou blessés, ont été tués ou blessés parce qu’ils étaient et sont anti-fascistes, parce qu’ils étaient et sont ennemis irréconciliables de cette haine, de ses symboles et de son vocabulaire d’hier et d’aujourd’hui: parce qu’ils s’opposaient et ils s’opposent à ces idées de mort, la vie et la vision du monde dans le signe de la solidarité et de la libération de chacun de ses propres chanes . Ils nous ont montré , en d’autres termes, ce que cela peut signifier aujourd’hui, 70 ans après la libération, le mot Resistenza.
40 ans après les meurtres de Walter Rossi et Valerio Verbano à Rome et de Fausto et Iaio à Milan tués dans les années 70 et 80,
20 ans après l’assassinat de Brahim Bouarram en marge d’un défilé du Front National,
20 ans après l’assassinat d’Ibrahim Ali par des colleurs d’affiches du Front National,
10 ans après l’assassinat de Dax à Milan et de Renato à Rome
2 ans après ton assassinat à Paris, Clément, et de Pavlos à Athènes
le fascisme continue de tuer et reste un danger dans la rue comme dans les urnes.
Nous, mères, nous voulons reprendre vos corps tués et emprisonnés, et les rendre à nouveau visibles, nous voulons reprendre vos rêves, pour vous faire revenir à la vie et à la liberté.
Nous n’avons pas peur , comme vous ne l’avez pas eu. La peur nous la laissons respirer à ceux qui sont assiégés par les luttes, à ces policiers méconnaissables couverts par casques et boucliers, aux lâches armés de couteaux fascistes.
Chers Clément et Carlo et Dax et Renato et Remi et Pavlos vos poumons étaient pleins de liberté, comme le sont ceux des camarades qui sont maintenant en prison et jugés pour leurs luttes et leurs rêves.
Même nos poumons de mères se sont remplis de liberté et nous continuerons à raconter et dénoncer les nombreux épisodes de violences fascistes et l’atteinte à la liberté et aux droits découlant de la lutte anti-fasciste et de la Résistance.
Nous continuerons à nous opposer à un État liberticide et répressif qui favorise et cultive la croissance de groupes fascistes, nazis et racistes.
Nous continuerons de refuser la création d’une Europe forteresse, xénophobe et répressive contre les luttes sociales, nous continuerons et nous poursuivrons à rappeler les milliers de migrants qui sont morts dans la Méditerranée et ceux qui sont enfermés dans des camps d’expulsion, les gens qui meurent à cause de l’insécurité, les victimes de la répression et de la police fasciste dans le monde.
Nous continuerons à nous opposer à tout cela et à crier notre désir de vivre tous ensemble dans le respect des droits et de l’équité sociale et de continuer à combattre le fascisme sous toutes ses formes.

Nous, Le Madri Per Roma Città Aperta (Mères Pour Rome Ville Ouverte), nous lançons un appel pour que toutes les résistances se réunissent contre chaque État ou Régime qui soit basé sur les nombreuses formes de fascisme qui existent encore en Italie et dans le monde. Pour qu’on puisse parcourir des chemins anti-fascistes qu’ils soient italiens, européens ou mondiaux, qui devront nécessairement marcher ensemble et se nourrir les uns les autres avec leurs particularités, grâce à un travail actif de connaissance et de soutien mutuel.

C’est pour cela que nous remercions tes parents, Clément, et tes camarades du groupe d’Action Antifasciste Paris-Banlieue dont tu faisais partie, pour avoir accepté notre invitation à célébrer l’anniversaire de la libération de l’Italie du fascisme.

Il est temps, en Italie, en Grèce, en France et dans le monde entier que nous organisions la riposte. Avec les nouveaux partisans, Clément, Carlo, Renato, Dax, Valerio, Pavlos, Remi… Il est temps de reprendre la rue – nos rues.

Ni oubli, ni pardon

Le «Madri Per Roma Città Aperta»

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Clément Méric: indulgence judiciaire pour les militants d’extrême-droite

Lu sur Le Huffington Post :
Clément Méric: indulgence judiciaire pour les militants d’extrême-droite

Esteban Morillo, principal suspect dans la mort de Clément Méric, en juin 2013 à Paris, a été remis en liberté, mardi 2 septembre, par la cour d’appel de Paris.

Sympathisant du groupuscule d’extrême droite Troisième Voie, Esteban Morillo avait reconnu dès le départ avoir porté deux coups de poing, à main nue, au visage de l’étudiant de 18 ans.


Il est mis en examen pour « violences volontaires en réunion et avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Le deuxième suspect en détention provisoire dans cette affaire, Samuel Dufour, 20 ans, avait été libéré en juin.

Dufour est ce militant fasciste qui, après avoir participé à l’agression qui a conduit au meurtre de Clément Méric, avait envoyé des SMS accablants sur sa participation aux faits. Il a été libéré, sous contrôle judiciaire, un an tout juste après les faits. Parmi ses SMS, certains avaient comme destinataire Serge Ayoub, leader du groupe « Troisième Voie ». Celui-ci dénonçait d’ailleurs au mois de février,sur le site Rue 89 qui lui laissait complaisamment la parole, la détention provisoire de Dufour comme un prétendu scandale, notamment en raison de la « poursuite des études » du jeune fasciste. Il a été écouté.

Katia Veloso, la compagne du principal mis en cause Esteban Morillo, qui avait téléphoné à des militants d’extrême-droite pour qu’ils viennent rejoindre les jeunes néo-nazis déjà sur place, a été mise totalement hors de cause.

Si cet état de fait est révoltant, et augure plutôt mal de la suite du procès du meurtre de Clément Méric, il n’est malheureusement pas surprenant, au regard d’autres affaires de ce type.

brahim_bouarramEn 1995 Brahim Bouarram est jeté à la Seine, en marge d’un défilé du FN, par des militants néo-nazis, dont il sera très vite établi qu’ils avaient des liens habituels avec le parti d’extrême-droite. Plusieurs d’entre eux étaient en effet utilisés régulièrement comme membres du service d’ordre par les responsables du FN de leur département d’origine.

Moins d’un an après le meurtre, plusieurs des co-accusés sont libérés pendant l’instruction alors en cours. Quatre témoins ont d’abord relaté des faits accablants et concordants démontrant que l’ensemble des néo-nazis cherchait activement une victime en scrutant les berges de la Seine, bien avant de tomber sur Brahim Bouarram.

Mais en quelques mois, ces quatre personnes se sont toutes rétractées, notamment une jeune femme qui apparaît muette et terrorisée au cours des audiences. Le juge, pourtant, ne tient aucun compte du caractère troublant de ces rétractations tardives générales, et relâche les co-accusés. L’un des présents à la ratonnade a d’ailleurs été relâché bien avant, comme si la possibilité de pression sur les témoins n’avait aucune importance.

Par ailleurs, le responsable du service d’ordre du FN (le DPS) comme celui du FN de la Haute-Marne ne seront jamais inquiétés. Ils avaient pourtant attendu une semaine avant de donner l’identité des accusés à la police et s’étaient auparavant rendus au domicile de ces derniers, ce qui leur a laissé tout le temps pour se débarrasser d’éléments compromettants et élaborer une stratégie de défense.

Au procès lui-même, les peines des co-accusés du meurtre de Bouarram permettront à trois d’entre eux de ne pas retourner en prison, la peine ferme d’un an étant couverte par la détention préventive, et les trois ans restants étant du sursis. Un seul co-accusé David Halbin fera un an de prison, mais seulement parce qu’il était resté libre le temps de l’instruction. Quant à celui qui a poussé Brahim Bouarram dans la Seine Mickaël Freyminet, il écopera d’un jugement très modéré, de huit ans ferme.

Sept ans plus tard, on retrouvera son nom cité dans une autre affaire de meurtre: en septembre 2002, une bande de néo-nazis tabasse François Chenu à Reims, le jette à l’eau, puis le repêche pour l’achever à coup de rangers. François Chenu était homosexuel, le seul mobile du meurtre. Après les faits, les jeunes néo-nazis avaient passé de nombreux coups de fil à leur mentor un peu plus âgé, qui n’était autre que le meurtrier de Brahim Bouarram. Mickaël Freminet.

Celui-ci, qui avait déclaré avoir abjuré ses croyances et avait osé demander pardon à la compagne de Brahim Bouarram, s’était immédiatement relancé dans l’activisme néo-nazi à sa libération. Il avait d’ailleurs rencontré les trois meurtriers de François Chenu lors d’un camp organisé par cette mouvance.

Esteban Morillo, l’assassin présumé de Clément Méric, déclare déjà aujourd’hui qu’il a renoncé à ses idées, et le redira sans doute lors du procès. Il est d’ailleurs fréquent que la justice fasse mine de croire ces paroles. Elle prête une oreille attentive aux avocats de la défense toujours prompts à plaider la nécessité de ne « pas briser définitivement la vie » des jeunes fascistes avec des peines trop lourdes.

Naturellement, l’argument est encore plus entendu quand le prévenu est sorti de prison bien en amont du procès: contrairement aux jeunes des quartiers populaires, les militants d’extrême-droite ont le réseau et les relations pour retrouver très vite un emploi et une « insertion ». Ainsi nul doute que Samuel Dufour se présentera en salarié modèle le jour où les audiences débuteront. Maxime Brunerie, qui avait tiré sur Jacques Chirac n’avait-il pas retrouvé un emploi à la mairie UMP de Courcouronnes, dès sa sortie de prison?

D’autres affaires en cours donnent également des raisons de craindre que les assassins de Clément Méric fassent l’objet d’une grande clémence judiciaire: par exemple le non-lieu délivré à Christophe Lavigne. En mars 2014. Lavigne, militaire de carrière, toujours pas rayé des cadres de l’armée, avait lui même reconnu planifier un attentat meurtrier contre la mosquée de Vénissieux. Il déclarait avoir tout préparé pour tirer dans la foule à la sortie de la prière, pendant le Ramadan 2013.

L’homme, sympathisant actif de l’extrême-droite identitaire et néo-nazie était déjà passé à l’acte quelques temps auparavant en jetant un cocktail Molotov sur la mosquée de Libourne. Il répondra de ce dernier acte en justice prochainement, mais comparaîtra libre, et n’aura en tout cas jamais à se justifier de son projet d’attentat.

A quoi attribuer cette indulgence pour les actes et même les crimes de l’extrême-droite dans une période où pourtant les longues peines et la détention préventive allongée sont la règle ordinaire?

Les juges ne sont certes pas des fascistes, mais dans le fonctionnement actuel du système judiciaire, beaucoup d’éléments sont favorables à ces derniers. Les réseaux de l’extrême-droite permettent un soutien financier extrêmement important, décisif dans une procédure. Cela ouvre la possibilité de se concerter régulièrement et longuement avec son avocat, celle de faire des recours réitérés pour demander une libération, de contester des expertises. Toutes ces démarches pèsent fortement. .

Le temps joue aussi: quand l’attention médiatique s’éloigne, quand la solidarité avec les victimes s’amenuise, les débats et les décisions se font avec moins de pression sur les accusés, et des juges déjà prompts à regarder d’un œil compatissant des jeunes gens d’extrême-droite pourront d’autant plus se le permettre.

Il faut donc beaucoup d’acharnement, de solidarité et de combats pour obtenir que justice soit rendue. C’est le cas, parfois, pour certaines agressions. Ainsi les jeunes néo-nazis qui avaient tabassé Nourredine Rachedi en 2008 à Guyancourt (78), après l’avoir interrogé pour savoir s’il était musulman, ont fini par être condamnés au moins à une peine de dix-huit mois de prison avec sursis en 2012, par la Cour d’Appel. C’est incroyablement peu au regard de la gravité de l’agression, mais en première instance, ils avaient été relaxés; seul le courage de la victime et la solidarité ont permis que cette relaxe ne soit pas définitive.

Il est donc essentiel de ne pas laisser l’instruction se dérouler en silence concernant le meurtre de Clément Méric . Dans le contexte actuel d’offensive de l’extrême-droite, les antiracistes et les progressistes doivent faire largement connaître les enjeux de ce qui se déroule au plan judiciaire. C’est le seul moyen d’obtenir un minimum de justice.

download-2Albert HerszkowiczMembre du Collectif Memorial 98 qui lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les négationnismes;
site internet www.memorial98.org