Interview de Romain, membre du Comité pour Clément · Le Progrès Social

Interview de Romain, membre du Comité pour Clément

«On a toujours dit que le combat contre l’extrême droite était quotidien et social »
Il y a maintenant trois ans, le 5 juin 2013, Clément Méric, militant syndicaliste et antifasciste, était assassiné par des membres du groupuscule néonazi Troisième Voie. Ce week-end, différentes initiatives seront organisées pour ne jamais oublier et poursuivre les combats de Clément contre le fascisme. Romain, membre du Comité pour Clément, revient sur le contexte des faits, l’instruction et sur les luttes sociales en tant que remparts à la progression des idées de divisions portées par l’extrême droite.

LE PROGRES SOCIAL :
Pour ne jamais oublier et ne jamais pardonner, le Comité pour Clément organise différentes actions depuis bientôt trois ans. Peux-tu nous présenter les objectifs et initiatives du Comité ?

ROMAIN :
Le Comité pour Clément s’est créé en septembre 2013, avec pour but de rassembler les personnes ayant milité aux côtés de Clément afin de poursuivre le combat tant politique que juridique en lien avec sa famille. L’idée est de combattre les versions mensongères diffusées par les médias ou l’extrême droite, présentant Clément comme l’agresseur et reléguant sa mort à une simple « rixe entre bandes », mais aussi de se battre pour la justice et contre l’impunité dont bénéficient trop souvent les militants d’extrême droite.

LE PROGRES SOCIAL :
Depuis la mort de Clément, la plupart des médias se déchaine pour renvoyer dos à dos militants antifascistes et d’extrême droite. Or, le meurtre de Clément s’inscrit dans un contexte marqué par une recrudescence des agressions fascistes. Peux-tu nous expliquer en quoi ce meurtre est politique ?

ROMAIN :
Lorsque Clément est tué par des néo-nazis de Troisième Voie, ailleurs en France, d’autres attaquent un bar gay ou agressent des militants pro-mariage pour tous. Récemment, les images d’un fasciste calaisien sortant son fusil ont fait le tour du Web. Mais ce dont on a moins parlé, c’est qu’en janvier 2014 à Clermont-Ferrand, les participants d’un concert organisé par RESF ont été blessés par balle après qu’un militant de l’extrême droite locale leur ait tiré dessus. Ce ne sont que quelques exemples d’agressions perpétrées par l’extrême droite et, si l’on franchit les frontières, on en trouvera d’autres, notamment des personnes tuées par des fachos au sein de l’Union Européenne. Cela s’explique par la stratégie d’une partie de cette extrême droite, qui consiste à vouloir semer la terreur chez celles et ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis. Ce jour là, des militants antifascistes ont manifestés oralement leur désaccord face à des symboles nazis. En retour, ils ont été frappés à coups de poings américains et l’un d’entre eux est mort à 18 ans. Les médias qui ont propagé cette version ou ont laissé Serge Ayoub s’exprimer librement en plateau (et sans contradicteur) sont d’une indécence rare.

LE PROGRES SOCIAL
Sur le plan judiciaire, où en est l’instruction ?

ROMAIN :
L’instruction a été close récemment. Le procès ne sera pas inscrit au calendrier des Assises avant 2017. Malgré quelques fuites organisées par les avocats de la défense pour montrer un dossier tronqué sous un angle qui leur arrangeait, on peut vous dire sans trahir le secret de l’instruction qu’elle confirme en tous points la version qui a toujours été celle des camarades accompagnant Clément et qui n’a jamais changé depuis, contrairement à celle des fascistes. La fameuse vidéo RTL montre par ailleurs que Clément et ses camarades n’ont pas été à la rencontre des fachos, mais que ce sont bien ces derniers qui ont quitté leur route pour aller à l’affrontement. Enfin, la possibilité d’une blessure causée par un poing américain a été reconnue par une nouvelle expertise médicale. Ceci dit, l’enjeu de la procédure judiciaire n’est pas pour nous d’obtenir la condamnation la plus lourde possible. On ne pense pas que la prison soit une solution. Mais nous tenons à éviter que l’instruction soit instrumentalisée et fasse passer les agresseurs pour des victimes. De plus, une relaxe ou une peine symbolique seraient une carte blanche donnée aux fascistes de toute la France pour agresser, blesser, voire tuer.

LE PROGRES SOCIAL :
Au-delà de son engagement syndical et antifasciste, Clément était fan de football et féru de contres cultures musicales. Ce week-end, différentes initiatives en lien avec ses valeurs et ses combats seront organisées. Peux-tu nous en parler ?

ROMAIN :
Ce week-end, le programme sera chargé puisqu’un festival musical se tiendra vendredi et samedi soir avec notamment Casey, The Oppressed, Two Tone Club. L’après-midi du samedi sera consacrée à une manifestation de rue, comme maintenant chaque année depuis juin 2013. Enfin, un tournoi de football populaire se tiendra le dimanche avec même quelques équipes internationales. Cela sera aussi l’occasion de tenir quelques débats et forums en parallèle des matchs.

LE PROGRES SOCIAL :
Quelques semaines après le meurtre de Clément, le gouvernement a fait le choix de dissoudre différentes organisations de l’extrême droite radicale. Depuis cette dissolution, certains groupes sont moins visibles mais n’en demeurent pas mois actifs. Quel est d’après toi l’impact de ces dissolutions et où en sont ces groupuscules ?

ROMAIN :
On a pu voir que cela ne les arrêtait pas. L’Œuvre française continue de militer sous son nom et sous celui de différents paravents comme le Clan ou les Caryatides. Du côté de Troisième voie, il y a maintenant divers groupes de skinheads et leur discrétion est toute relative puisqu’un ancien responsable du mouvement serait mouillé dans un trafic d’arme qui aurait permis d’alimenter Coulibaly pour le massacre de l’Hyper cacher.

LE PROGRES SOCIAL :
Depuis bientôt trois mois, le mouvement social est en lutte contre la « loi travail ». Le réveil des luttes est-il d’après toi un préalable pour contrer les idées et groupes d’extrême droites ?

ROMAIN :
Bien sûr ! On a toujours dit que le combat contre l’extrême droite était quotidien et social. Aujourd’hui, à part l’électorat pied-noir et bourgeois du sud, une grande partie de l’électorat est issu d’anciens bassins miniers ou de zones désindustrialisées. Ce sont des gens qui auraient voté pour le PC il y a 30 ans. Donc bien sûr, la question sociale est centrale. En plus, quand la CGT mène une grève de travailleurs sans-papiers ou qu’un tract pour l’accès à l’IVG est diffusé par un syndicat à des centaines de milliers d’exemplaires, tu fais plus d’antifascisme qu’en criant F comme facho, N comme nazi. Cela ne parle plus tellement d’invoquer la figure du SS ou d’Hitler. Avec en plus la diffusion de théories du complot ou les dégâts fait dans une certaine frange des classes populaires par le bouffon Soral, il faut vraiment reprendre le travail de conviction et de terrain. Ce n’est pas toujours aussi fun et sexy qu’un fumigène derrière une banderole, mais c’est indispensable.

LE PROGRES SOCIAL :
Comment analyses-tu l’expression politique du FN par rapport aux opposants à la « loi travail » ?

ROMAIN :
C’est l’autre preuve qu’un gros mouvement social, il n’y a rien de tel pour mettre à mal l’extrême droite. Ça fait trois mois que ça dure, trois mois qu’on entend beaucoup moins Marine Le Pen à la télévision, et c’est toujours ça de gagné ! Il faut dire qu’entre leurs intérêts personnels, la défense des petits patrons, celle de leurs financeurs et leur discours social, ils ont le cul entre deux chaises. L’arnaque du FN proche des ouvriers est mise à jour. D’ailleurs, leur position alambiquée sur la loi est inaudible. On a pu montrer qu’en France, il y avait encore des travailleurs et des travailleuses prêts à se mettre en mouvement pour des conquêtes sociales et contre les attaques du patronat. Dans un contexte où la petite musique réactionnaire des Zemmour, Le Pen et Ménard était dominante, cela fait du bien de constater que ce n’était pas une fatalité.

https://www.facebook.com/notes/le-progr%C3%A8s-social/interview-de-romain-membre-du-comit%C3%A9-pour-cl%C3%A9ment/1576948262604933