CLÉMENT MÉRIC, APRÈS DEUX ANS D’ENQUÊTE, UNE RÉPONSE A QUELQUES CONTRE-VÉRITÉS

CLÉMENT MÉRIC,  APRÈS DEUX ANS D’ENQUÊTE, UNE RÉPONSE A QUELQUES CONTRE-VÉRITÉS

Il y a deux ans, Clément Méric, jeune militant antifasciste, mourrait sous les coups d’une bande de skinheads néonazis rue Caumartin à Paris. Alors que nous venons de lui rendre hommage, il est temps de faire un point sur l’avancée de l’enquête, et de dénoncer ainsi quelques contre-vérités principalement diffusées par les réseaux d’extrême-droite et relayées dans les médias[1].

« La responsabilité de la confrontation est à chercher du côté des antifascistes »

C’est en substance ce que racontait il y a encore quelques jours la défense d’E. Morillo devant la caméra de l’AFP. Elle fait là certainement référence à la réaction outrée d’un des amis de Clément lors de l’arrivée des skinheads à la vente privée de la rue Caumartin. L’enquête a établi que l’un de ceux-ci arborait sur son T-shirt le slogan « Par le sang et par l’honneur« , devise des Jeunesses hitlériennes. Réagir face à des affichages néo-nazis, ne pas baisser les yeux et ne pas rester silencieux, ce n’est pas une provocation, c’est une réaction saine.

Immédiatement avant d’agresser Clément, E. Morillo avait eu une conversation téléphonique avec son chef, Serge Ayoub. L’un des témoins raconte qu’après avoir raccroché, il a enfilé un poing américain à la main droite et dit au reste de la troupe « on y va ». Il serait vraiment intéressant de savoir ce que se sont dit ces deux hommes liés par une forte relation hiérarchique…

« Clément Méric et ses amis attendaient les skinheads pour en découdre »

Voilà ce qu’on peut lire ou entendre dans toute la presse, de Libération à Minute… Or, c’est faux. Le groupe attendait simplement que les néo-nazis quittent la vente privée pour que Clément, qui venait de les rejoindre, puisse faire ses courses en toute quiétude. C’est d’ailleurs pourquoi ils se tenaient à une certaine distance du lieu de la vente.

Une rencontre avec les néo-nazis leur semblait même impossible : ils avaient signalé à l’un des vigiles de la vente, qui était venu à leur rencontre, la présence de poings américains dans les sacs des skinheads (ces derniers avaient laissé voir ces objets en les glissant dans leurs sacs à l’entrée de la vente) afin qu’il prévienne deux policiers qui se trouvaient sur place. Le vigile n’en a rien fait, et quelques minutes après le départ des policiers, les skinheads sont sortis avec leurs armes.

« Le groupe de Clément Méric attendait des renforts »

Bien que l’on puisse le lire ici ou là, cette première intuition des policiers n’a jamais été confirmée par l’enquête qui a procédé à une analyse approfondie des téléphones. Et il est établi que personne n’est arrivé en renfort du côté des antifascistes.

A l’inverse, Morillo et deux autres personnes ont reconnu être venus sur les lieux pour prêter main forte aux skinheads, à leur appel.

« Les skinheads se sont défendus contre une agression des antifas »

C’est la thèse de l’inversion des rôles entre agresseurs et agressés largement diffusée par les milieux d’extrême-droite[2].

En sortant de l’immeuble de la vente pour – selon leurs dires – rejoindre le métro, les skinheads ont pris vers la gauche en direction du groupe des antifas, alors que l’entrée de métro la plus proche – visible de cet endroit – se trouvait à l’opposé, sur leur droite, direction vers laquelle un vigile leur avait conseillé d’aller.

Contrairement à ce qui est également parfois prétendu, le groupe de Clément n’a à aucun moment barré la route à celui d’E. Morillo. Les enregistrements de vidéosurveillance[3] montrent que l’agression a eu lieu au pied du mur de l’église où patientaient Clément Méric et ses camarades depuis plus de quarante minutes, et non au milieu de la voie comme le prétendent les skinheads. Il est donc établi qu’E. Morillo et ses comparses se sont délibérément dirigés vers les antifascistes.

Et c’est bien E. Morillo qui a porté le premier coup, comme il l’a lui-même avoué aux enquêteurs.

« Les skinheads n’étaient pas armés »

Il est acquis que S. Dufour l’était puisqu’il s’est vanté dans un SMS d’avoir utilisé un poing américain (aveu corroboré par des témoignages, parmi lesquels celui d’E. Morillo lui-même).

Quant à E. Morillo, qui reconnaît avoir porté à Clément le coup qui l’a tué, un vendeur et plusieurs passants affirment l’avoir vu un poing américain à la main.

Il y a aussi, et surtout, ces marques significatives sur le visage de Clément : des marques rectangulaires ponctuées de 2 cm sur 6 cm et de 2 cm sur 8 cm, qui devraient laisser peu de place au doute. Pourtant, se fondant sur les hésitations initiales du rapport d’autopsie, les expertises de médecine légale déjà réalisées ont renoncé à prendre clairement position : elles refusent de conclure formellement à l’usage d’un poing américain, sans pour autant en exclure la possibilité. De nouvelles expertises sont attendues pour clarification.

« Clément Méric est mort… » « accidentellement » ou « en chutant »

On a souvent évoqué la présence d’un poteau ou d’une poubelle à proximité de l’endroit où Clément s’est effondré et expliqué que c’est en se cognant la tête sur l’un des deux objets qu’il s’était tué. En réalité, Clément est tombé directement à terre sous le coup de son agresseur. Si le choc reçu à l’arrière de la tête au contact du sol pouvait avoir de graves conséquences, il est acquis, et cela a été clairement indiqué dès le début de l’enquête, que c’est le coup violemment porté au visage – sur l’arête du nez – qui l’a tué. La mort de Clément n’est pas un accident ; elle résulte bien d’un geste volontaire.

L’établissement de la vérité concernant la mort de Clément est un long combat contre la dissimulation, la diffamation et l’intoxication médiatique. Il est éprouvant, mais nous le mènerons jusqu’au bout.

Les parents de Clément Méric et ses amis présents lors de l’agression
Juin 2015
[1] Nos propos s’appuient sur l’instruction pénale qui est toujours en cours et devrait se prolonger encore plusieurs mois, du fait des nouvelles investigations prévues ; la tenue du procès d’assises ne doit donc pas être attendue avant 2016.

[2] Ainsi, l’opération « La vidéo de l’agression a parlé« , trois semaines après la mort de Clément, tentait de présenter les agresseurs en situation de légitime défense. Il était prétendu au sujet des images de vidéosurveillance qu’elles « montrent un Clément Méric provocateur » et paraissent  » conforter les arguments des militants d’extrême droite selon lesquels ils n’avaient fait que répliquer aux attaques des militants antifascistes« . Rien dans le dossier ne vient étayer ces allégations mensongères. Cette manipulation, probablement initiée par des relais de l’extrême droite dans la police, avait été, avec la complicité de RTL, relayée sans précaution par la plupart des médias, bien que contredite par des responsables de la police judiciaire.

[3] La vidéo est visible dans l’enquête de Thierry Vincent « Les violences de l’extrême droite – Le retour » diffusée par Canal + le 24 novembre 2014 dans le cadre du magazine « Spécial investigations ».